La peau est une membrane résistante, protectrice et élastique composée de plusieurs couches de tissu. C’est l’organe le plus étendu du corps humain, et, par conséquent, ce qui se donne à voir en premier chez autrui.
Des fragments suintent à travers la peau, nos colères, nos peurs, notre origine, notre âge, notre classe sociale. Mais peut – on la croire avec certitude ? La peau ment. Il arrive que le lointain se lise à tort sur le visage d’un voisin, et que certaines vieilles âmes ne soient pas plissées.
Et puis à l’intérieur de nous, ne pourrait-il pas y avoir tout autre chose ? Des cauchemars m’ont jadis convaincue de l’existence de créatures qui revêtaient nos enveloppes en manteau, enfilant nos doigts et tirant sur nos mollets. Il faudrait nous disséquer chacun pour prouver que notre estomac est à la bonne
place, et que nous sommes seuls en-dedans.
A l’âge de huit ans, j’ai rencontré un enfant sans peau, il s’appelait Loïc. A l’endroit où aurait dû s’étendre une surface lisse, il y avait des bulles, des érosions, des crevasses : Loïc était écorché avant même d’avoir vécu. On nous a dit de ne pas nous inquiéter, ce n’était pas contagieux. Loïc était né sans épiderme, poreux au monde et au vivant.
En revanche, ses émotions étaient indéchiffrables. Le rouge n’est pas une couleur à nuances. Par curiosité, je lui ai pris la main. C’était doux comme de la soie. Il n’a pas cillé, mais a souri dans un léger craquement.