Le chemin le plus long

Je dois te raconter, comment tu as pris le chemin le plus long. Arrivée d’une partie si infime de chair, de muscles, de tendons et de nerfs. Quand la cellule ignore encore qu’elle est cellule. Rêvant sans doute à toutes les formes qu’elle pourrait prendre. Se demandant comment elle allait sortir de la brèche. La nacre de ta peau n’était pas encore dessinée . Tes yeux n’avaient pas encore la couleur de la nuit. D’une lagune aiguë marine, où des planctons phosphorescents se pâmaient. Écoute, pour que tu saches, avant tu n’étais qu’en fragments, un magma de petites images. J’avalais des pilules par la bouche pour te protéger. Et vrillais pour que tu te déplaces. Alors, les jours passaient, grossissant dans le bocal, indifférente aux cris dehors. N’en pouvant plus d’attendre l’issue. Tous les matins, te menant à l’eau et tous les jours sentant ton coeur arborescent grandir. Et alors, déjà nourrice, morceau si flou dans son imagination, une micro planète. Tu sais, je ne m’attendais pas à cela. Car tu es née un soir de tempête , après les incendies. Combien de fois avais-je nagé l’hiver, humide près des flammes. Pour te préparer à l’extrême. À t’attendre au-delà du dernier jour. La sensation de tomber debout, au milieu des filaments de petites méduses écarlates Et le vertige soudain, la béance, une chute. Et puis, en trois poussées grandioses, Tu étais là.

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