C’est comme un prénom très doux, Mélancolie. Un prénom avec des fleurs dedans. Des fleurs de montagne aux corolles bleues, tombantes et raffinées, pistils à découvert et longues tiges bien vertes, les ancolies. Alors c’est un prénom ?
Plutôt une sensation, teintée de regret. Quelque chose de légèrement triste, comme une toute petite maladie qui nous ferait paresser encore un peu au lit. Une tristesse vague, un petit ennui, un regard rêveur qui verrait au-delà de la réalité nue. On pourrait croire que c’est un sentiment désagréable, et en être malheureux, mais il révèle au contraire une certaine joie, du moins un subtil bien-être. Un contentement, oui, une complaisance, un agréable laisser-aller. On regarde par la fenêtre, le soir tombe, quelque chose se termine, et on se prend à regretter le jour. C’est une douceur que l’on s’accorde, un temps suspendu. Les photos nous invitent facilement à la mélancolie, surtout celles en noir et blanc, aux bords dentelés avec des noms inscrits au dos pour désigner des personnes qu’on ne connaît pas. J’ai remarqué que les feux de bois, la confiture de mûres, l’odeur d’Ylan Ylang, les vieilles publicités et les génériques d’anciennes émissions, les journaux jaunis au fond du garage, les papiers peints découverts en couches successives sous d’autres papiers peints, les odeurs de gâteaux cuits au four ou les plats mijotés, les vieux agendas et calendriers, le formica, les cartes postales écrites par des inconnus et vendues par cartons entiers sur les brocantes, les maisons abandonnées, les jardins négligés, les restes d’un thé refroidi, nous entraînent aisément vers la mélancolie.
Et pourtant, elle est aussi le nom que les psychiatres donnent à la phase ultime, la plus grave, de la dépression.