Revue Miroir

Creuser le lointain

j’ai étiré le bras
jusqu’à la paume 
le sourcil froissé 
j’ai laissé coulé 
le fil doré du café 
je me retrouvais enfin seule 
le lin frais bordait ma poitrine 
les paupières lourdes des nuits sans sommeil 

il fallait que j’épuise mes pensées

j’ai traversé le village 
à l’heure du midi 
les rues désertes de chaleur 
tant mieux 

je ne voulais croiser personne

les années écoulées  
comme un lierre touffu et dense 
qui entrave tout mouvement 

je manquais de temps, c’est tout 

jeannine n’était plus 
dans l’embrasure du perron
au bout de la grande rue
ses chuchotements sous la vigne 
les pieds dans les pots en terre cuite
et ses baisers claquants sur les joues

je fermais les yeux 

à l’intérieur 
la fraîche obscurité 
garnie de babioles inutiles
des magazines empilés dans la baignoire 
et l’odeur des gaufres sur les napperons

je m’enfonçais dans les rues 
un sanglot coincé entre les dents 

le plexi avait remplacé le vieux bois 
aux fenêtres les habitantes 
ne parlaient plus 
seuls quelques étendages colorés 
m’offraient un passage
n’attendant plus qu’un souffle 
pour s’envoler. 

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