Revue Miroir

Où que j’aille, je marche

Une chose lui fut révélée. Cette chose vint à elle, ce n’était pas prémédité, elle n’avait pas envisagé cette chose, la chose était juste venue. La chose était là. Cette chose disait : Où que nous soyons, nous marchons sur des morts. Elle répondit : Oui. Alors la chose continua : Nous marchons sur des morts. Nous marchons sur des squelettes, sur des os, sur des colonnes vertébrales, nous marchons sur des fémurs, sur des rotules. Partout où nous allons, nous marchons sur des phalanges et les phalanges crient. Nous marchons sur des cages thoraciques et les cages thoraciques crient. Quand nous nous asseyons dans l’herbe, ou sur de la terre, nous nous asseyons sur des crânes et ces crânes nous parlent. Et ce, partout où nous allons, des crânes nous parlent. Ils nous demandent où nous allons, qui nous sommes, ils nous demandent
pourquoi nous sommes si pressés ou alors si lents, ils nous jugent, ils nous sentent, ils nous toisent avec leurs pensées : les pensées nous toisent. Les pensées des crânes sont des pensées qui nous toisent. Nous marchons sur des enfants, nous marchons sur des nouveau-nés, nous marchons sur des adolescents, nous marchons sur des vieillards, il y en a en nombre des vieillards, nous marchons aussi sur des jeunes gens. Où qu’on aille, nous marchons sur quelqu’un. Toujours en dessous de nous, quelqu’un est dérangé par nos pas. Quelqu’un nous demande qui nous sommes et ce que nous faisons. La chose attendit que la fille acquiesce à nouveau pour continuer mais la fille n’acquiesça pas, alors la chose se tue.

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