Möbius

poème inspiré du spectacle éponyme de la cie XY

Une personne commence par 

respirer

et puis ouvre son menton

pour dire mon cou voit très loin, plus loin que vous.

Une personne s’avance, respire, pense

non, ne pense pas, est

une personne est, qui ne trébuche pas en marchant

et qui va droit où elle devait aller.

Une personne s’approche de la personne au cou qui voit plus loin que vous

de derrière, elle passe sa main

dans le creux entre le bras et le ventre

elle passe simplement sa main sur le ventre.

Une personne tombe et

une, deux et trois personnes

la rattrapent dans sa chute.

Une personne a un chemisier en soie

Une autre personne a un pantalon couleur taupe

Une autre personne encore, une veste de sport avec des bandes sur les épaules

des bandes jaunes.

Une personne plus grande que les autres 

qui sait que l’attention lui est portée

soulève 

une, deux puis trois personnes

et se rend anonyme en retournant à sa course initiale.

Une personne au fond

scrute et sent son cœur se rehausser

dans sa poitrine

en même temps que les personnes une deux et trois quittent et regagnent le sol.

Une personne ouvre son bras du coude aux doigts

en deux temps, le premier sec et le second développé

ça fait comme une éclosion,

elle pense à cette image quand elle fait le geste.

Une personne sent de petits mouvements

une légère oscillation

la parcourir,

remue un peu sur elle-même.

Alors une personne qui respire fort,

la gorge sèche,

perce de ses yeux le noir qui lui fait face

et s’adresse son propre regard.

Pour finir, une personne devant jamais

ne voudrait se détacher

de cette foule qui danse.

Une matière qui préfère la densité au débord

L’absence est sans réponses elle ne se tamise pas 

pour les faire apparaître 

une fois la poussière retombée

l’absence creuse un trou, c’est tout

elle ne demande pas son reste

elle prend la place qui lui sied

elle s’installe

l’absence presse le sang dans les veines, noue le ventre

indique aux doigts le rythme d’un tapotement sur la table

retire le sommeil de la nuit ajoute de l’eau 

aux yeux 

enlève du cœur à l’ouvrage 

remue l’estomac abonde les pensées

l’absence en même temps qu’elle ajoute un poids, un fardeau, un souci 

retire, enlève.

l’absence desserre le tissage intérieur 

et resserre bien fort les mâchoires

l’absence n’est pas un malheur qui tombe

l’absence est un sursis qui se renouvelle sans cesse

l’absence prend des nouvelles, sans cesse, comment ça va aujourd’hui 

et coince son pied dans le pas de la porte 

tant qu’aucune nouvelle nouvelle ne vient

l’absence crée des courants d’air, chuinte et bruisse

l’absence tient en elle-même, une matière qui préfère la densité au débord 

l’absence qui chuchote d’un souffle étouffé à l’oreille 

quand c’est mauvaise pioche et qu’on a tiré les mauvais mots.