Je ressasse la douleur de ma lymphe
emprisonnée dans l’épaisseur de mon bas-ventre
juste à droite
Elle a déjà traversé la moitié de mon corps haut
par instants elle erre
s’attarde sur le vide
tente de remplir un flacon en se vidant
Je repense à la distraction de la douleur
ces jours d’avril où l’on a rien à raconter
où l’on force le muscle de la parole
et que l’on se soumet au langage
déchiré
Penser aux muscles à la chair à la douleur
pour ne pas dire l’insoutenable
la bouillie insipide du quotidien
surmastiquée
au moins on avale
Ne pas dire l’ambiant le plein l’épluchage du bruit
ne pas dire
Cesser de rire pour rire plus fort
Se couper les doigts
s’empêcher de compter les déceptions
saigner sur les paliers
saigner sur les cartons
saigner sur les amis
saigner sur les couteaux
maintenant je compte mes déceptions sur mes couteaux
sur les lames de mes couteaux
responsables de ce qu’elles tranchent
des plaies superposées
Difficulté à rencontrer des corps intactes
non imprégnés de secrets très rouges
qui une fois confiés déteignent sur les poèmes
figés dans les croûtes
Je me suis égarée dans la douleur
je n’avais pourtant rien à prouver
rien à éprouver
Je vieillis et je sombre
je revis les contractions de ma mère lorsque je naissais
cinq heures de contractions
cinq heure et la douleur
Je n’avais pas de doute
pas de honte
pas d’insomnie
Juste cette sensation affreuse d’être forcée hors du monde
où est-ce que je me tenais avant d’entrer dans celui-ci
Juste la sensation que quelqu’un s’est énervé
que quelqu’un m’a rejetée
j’étais grise
Je voulais vieillir plus vite
je veux dire
je voulais grandir plus vite
prouver plus vite
et m’excuser