minuscule fugue au crépuscule

Le cyprès agite ses doigts noirs *
minuscule fugue du crépuscule
contre le soir l’été ne sait plus respirer
et pour tout début il n’y eut que la pluie
des feuilles parsemées et leurs ombrages

debout hissé sur une plaque
de marbre poreuse
minuscule fugue du crépuscule

l’écorce imperméable de mes paupières
si près préoccupée et translucide
agite le temps et la terre retournée
dans un bouillonnement sanguin

le claquement du drapeau mouillé
vise ma nuque à nue et secoue le vent
mon rire peureux s’étouffe
et tremble de nausée
minuscule fugue du crépuscule

je ne te vois pas me parler
tu ne m’entends pas m’éloigner
dans ce cimetière de mes pensées

l’agitation frêle et la frénétique torpeur
sont toutes deux souillées
et pressées par la main moite des cyprès
le poids de cette poigne ne se relâche
que le temps d’une
minuscule fugue au crépuscule

* Sylvia Plath, premier vers du poème Petite fugue. Traduction Valérie Rouzeau

Toucher la lumière

Derrière moi, je sème la poussière. À mesure que je marche, mon ombre s’étend jusqu’à la démesure ; le soleil me fait face. Il n’y a plus rien que je cache dans l’écran de ses rayons. Ma rétine en sourdine, le soleil m’aveugle.

Je me souviens de cette chanson comme d’une complainte. Je ferme les yeux. Je sens les caresses des arbres qui frôlent les rayons du couchant. Sous mes pieds, le sol accidenté m’offre un léger déséquilibre. Je m’accroche à lui comme à un symptôme d’ivresse. Je marche comme sur un fil. Je continue ; seul.

En équilibriste, mon cœur fait des bonds un pas sur deux ; même pas sûrs d’eux !

Cette mélodie résonne en moi. Elle m’arme pour ne pas m’arrêter. Je ne sais qui de moi ou de l’astre du jour se couchera le premier. J’ignore s’il me laissera voir la nuit.

Autour de moi, l’ombre finit par noyer le ruisseau. Le plan incliné d’un or rutilant comble mon visage. Je n’entends plus l’écoulement ; mes poumons se crispent à chaque inspiration. Mourir un 14 juillet, c’est continuer un peu l’artifice d’une révolution, me dis-je soudainement.

En ce jour de février je regarde les bourgeons sur les branches. Je vois flotter des plumes devant le plus gracieux des agrumes qui se gorge de sang.

J’aurais beau, j’aurais beau…

La beauté est un bourgeon en train de germer face au jour qui s’éteint.