Dans la crasse qui craque ta peau
Je sculpte la beauté
Dans le feu d’un tonneau en fer
J’aperçois la beauté
Dans la fatigue de tes gestes noueux
Je pèse la beauté
Dans le rouge de tes vaisseaux éclatés
Je lis la beauté
Dans le fond de ta 8.6 tiède
Je bois la beauté
Dans la rocaille de tes histoires inventées
Dans le poil lisse de ton chien
Dans l’odeur de pisse qui te précède
Dans tes dents goudronnées
Dans l’enfant que tu étais
Et qui hurle sa beauté
Sous des tonnes de misère
Tes yeux tristes sont des vitres
Ou s’écrasent ses rêves

Amour couture

Est-ce que tu sais que quand on s’aime on se coupe ?
Est-ce que tu sais que quand on s’aime on se coupe de plusieurs façons ?
D’abord on se coupe en deux dans le sens vertical de la symétrie
Est-ce pour être équitable ?
Presque
On donne un œil, une oreille, un poumon, une jambe, un sein, un trou de nez, une moitié de bouche, une
moitié de langue
Et quand l’amour coupe au milieu
les deux moitiés glissent
Comme des flans
En tombant elles s’éloignent
Tu as déjà coupé un flan en deux ?
Le problème tu vois
C’est que le cœur n’est pas au milieu
Il n’est que d’un côté
Alors il n’y a qu’un seul des amoureux qui le possède
On dit que c’est celui qui aime le plus
Est-ce que tu crois que c’est normal ça ?

Au début de l’amour on se coupe à la tranche d’un pétale
On se coupe de velours
Au milieu de l’amour on se coupe la parole
Avec des mots couteaux à beurre
A la fin de l’amour on se coupe de soi même
La coupe pleine


Moi j’aimerais que l’amour ça couture
J’aimerais que ce soit des étoffes
Qui s’accrochent par un fil
Pour faire une robe
J’aimerais la porter
Et être jolie dedans
Alors on pourrait imaginer
Que l’amour soit un vêtement
Qui glisse sur le dos
Un kimono de satin frais
Ou un pull de laine feutré
Juste pour s’en habiller