Demain
Tu regarderas les autres 
De haut
Tu souriras 
Pour garder la face

Et la nuit
Tu pleureras moisissure sur tes murs crépi 
Ton plancher rira bien 
Tordu par terre secoué par tes erreurs
Tu diras qui je suis qui je suis 

Demain 
Tu brimeras tu mépriseras 
Narquois 
Tu gâcheras       quelques journées 
Tu trancheras     quelques veines 
Tu marcheras 
avec aisance
Avec assurance 
                            Sur des pattes sur des têtes 

Et la nuit 
Tu négocieras avec la lune
Lui racontera  
La vaste vase qui pèse 
La mâchoire 
Grincera 
Le prix le prix 

Demain 
Tu voudras caresser secrètement le dos d’un chat
Sauver l’escargot qui traverse toujours le trottoir
Dire désolé 
Mais tu poursuivras
L’éclatement des cellules  
Pour remplir pour remplir 
Tranquillement mais sûrement 
Tes poches de haine

Et la nuit
Tu rouleras rouleras vite
Tu boiras quelques litres 
Personne ne devra savoir 
À quel point la solitude est une pièce qui te hante 

Demain
Tu briseras des rêves des vitres 
Pour stopper les hémorragies internes 
Tu tapoteras les douleurs vives 
Tu t’approcheras tu enlaceras 
Serreras quelques lacets 
Autour de cous tendus pour te faire une bise

Et la nuit 
Tu te tourneras dans l’insomnie 
Tu chercheras en vain
Le sens de ta bile 
Pour crever finalement 
Pneu pété
Dans le silence anonyme 
Ta peau boite de pétri
Pourrira 
Pourrira 

Poussière cendre
Tes victimes Pompéisée
De n’avoir pu 
De n’avoir pu

J’ai lu dans un livre que les eucalyptus se débarrassent de leurs souvenirs en même temps que de leur peau. Ils pellent. Nouveaux. Grandissent. En oubliant. Amnésiques, comme s’ils s’abreuvaient d’iceberg.

Nouvelle peau, chaque jour nouvelle. Heureux les eucalyptus.

Moi, ma peau de souvenirs colle, je la regarde s’effriter, j’écoute mes propres souvenirs et je ris, comme si ce n’était pas ma peau, comme si personne ne m’avait jamais écorchée, je ris, ce n’est pas grave, ce souvenir, il est loin, ce n’est pas moi, quelque chose entaille, griffure profonde, cicatrice à vif pas encore blanche, le sang coule, mais moi. Je ris.

Je ris d’une folie inquiétante que j’ai remarquée, que j’ai toujours niée, comme si j’avais enterré ton ombre.

Tous mes faits je les pense en pensant à tes faits.

Ma vie entière, souvenir creux de tout ce que tu voulais qu’elle soit.

Ces souvenirs tombent mais ce ne sont pas les miens.

Ils m’écorchent – est-ce que l’eucalyptus a mal ? – mais je ne sens plus rien. Ils tombent, je pèle – est-ce moi qui vous parle ?

Tout ça c’est emmerdant quand même, tout ça c’est superflu, c’est du verre qui tombe par terre, c’est de la glue dont je ne me débarrasse pas, c’est moi mêlée de toi.

Désormais c’est trop tard, ne reste qu’à rire, n’être plus qu’un bout de fleur, un pistil, une tige, un tronc pelé, la vie des autres passée sur moi, comme si j’étais autoroute à la différence qu’au moins je serais béton.

Personne d’autre ne rit. Il n’y a plus personne.