Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Delphine Arras

  • la joie est un feu sans auteur

    les entre-gens ont fini de me gâter
    j’ai soulevé une pierre et ses monumentales
    j’ai œuvré la nuit quand tu bavais d’aurores
    je te passe le flambeau

    tête nue je sors et les mains versées de paume
    sous un fusain bleu
    j’écarte mes lèvres j’offre mon sourire aux eaux cathédrales

  • Je
    est un ruban obscène
    Il se doit de l’animal

    Certains animaux sont cachés couchés ils observent
    Certains animaux couvrent des aires ondoyantes et des corps souffrants
    Certains animaux chassent de mémoire
    Certains animaux offrent leur corps
    Certains animaux lèchent les frontières
    Les animaux n’approchent pas la ville
    Ils attendent que le rideau se lève

  • des vaguelettes du menton aux oreilles perdues dans la noire forêt de ses cheveux
    les joues fatiguées d’avoir accueilli le vent et des viandes sans tendresse
    le nez généreux gourmand de ce qui se peut respirer
    la bouche plus fine que prévue derrière le buisson qui l’entoure une pudeur en pleine
    figure
    les yeux n’ont pas résisté voudraient décrocher
    les sourcils sont puissants
    le front est un rappel des vaguelettes

  • le plateau est noir
    le plateau a peur du noir
    qui peut imaginer
    le plateau se veut seul se retrouve démuni quand ses murs perlent


    c’est la sueur des corps les corps passent encombrent s’éloignent
    le plateau résiste
    aux monstres fondus


    le noir n’est pas voulu


    le plateau sait-il qu’on l’aime pour ce noir pour cette profondeur qui aspire
    qui inspire le plateau sait-il qu’on l’aime pour ce carré découpé arraché à
    la ville au tumulte aux désinvoltes le plateau sait-il

  • Blanc culmine élabore
    Rouge approche efforce
    Blanc empile observe
    Rouge fouille fulmine
    Blanc se confond avec la neige
    Rouge y meurt
    Rouge a peint le coeur des animaux
    Blanc celui des nuages
    Rouge n’ausculte met le feu pour toute réponse
    Blanc patiente
    Bruit blanc
    Rouge colère
    Un jour Blanc et Rouge s’épousent et voient la vie en rose.

  • j’ai été vierge au mât de colère
    j’ai été mât vert de colère pour les vierges
    j’ai été polisseuse d’angles pourvu que la guerre n’éclate
    j’ai été suivante et plus que bretelles propres à remonter le moral fixe des parents
    j’ai été sourdine à grosses graules
    j’ai été entomologiste de psychés

    je suis devenue louve à plein temps ligne léchant ce qui louvoie semeuse de désirs à récolte précoce
    guerrière désarmante je suis devenue la putain de mon monde pour que rien
    ne m’échappe

  • Elle ne fait rien
    C’est sa main
    Elle serre fort une autre main
    Quatre fois plus grande que la sienne
    C’est Papa


    Il pourrait en serrer des mains
    Un hamburger de mains
    Mais il en a choisi une
    Seule
    Et c’est la sienne


    Le chemin
    Elle le connaît
    La main elle n’en a pas besoin


    C’est juste pour vérifier
    Ce matin
    Que tout va bien.

    1. Soit je pars, soit je reste.
    2. Si je pars, soit je prends le train, soit je prends la voiture.
    3. Si je prends la voiture, soit je vais voir l’océan, soit je vais voir la mer.
    4. Si je vais voir l’océan, soit je vais me baigner, soit je vais marcher.
    5. Si je vais me baigner, soit je me noie, soit j’apprends à plonger.
    6. Si je me noie, je vous enverrai des nouvelles de l’eau de là.
  • Je n’entends pas
    Une mère dire
    Mon bébé n’est jamais sorti
    Je n’entends pas
    La mer

    Faire silence
    Je n’entends pas
    Ce qui se dit
    Dans le confessionnal
    Je n’entends pas
    Les regrets
    Des morts
    Je n’entends pas
    Comment ma grand-mère entend
    Avec son sonotone
    Je n’entends pas
    Les mots d’amour
    Avortés.

  • contre le temps qui fait tomber les dents les seins les gens
    contre le temps qui déforme mes paroles les visages
    contre le temps qui me fait croire que vingt-quatre heures c’est idem pour tout le monde ok ?
    contre le temps qui creuse l’espace entre toi et moi
    contre le temps qui ne desserre ni les poings ni ma gorge
    contre le temps qui enfle la nuit enfle mes yeux le sexe non
    contre le temps qui n’en démord pas
    contre le temps qui plante derrière lui des trucs fabriqués avec mon temps à moi ma sueur mon
    amour
    contre le temps qui martèle et jamais ne console
    contre le temps qui me demande d’épeler en seconde un monde amnésique
    contre le temps qui passe putain dans tes bras
    contre le temps dont la mémoire est pleine. et le coeur ?