Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Delphine Arras

  • Un cri qui déchire le ciel et mon sommeil.
    Un cri désespérant suivi d’un silence que seule la nuit, le milieu de la nuit sait produire.
    Un cri de naufragé
    Sans la mer.
    Un cri fracassé contre ma vitre.
    Un cri qui exige une réponse.
    Un cri.
    Jaloux
    De tout.
    Un cri
    De reproches préhistoriques.
    Un cri-valise
    Contraction sonore et brûlante de toutes les peines.
    BAMBAMBAMBAMBAMBAMBAM
    Mon cœur glissé dans un mégaphone.
    La mouette largue une autre plainte et l’onde de choc finit de fracturer mon cœur.
    Il ne bat plus, il détale.
    Soudain, j’aime cet homme-orchestre qui dort à mes côtés.
    Le rythme régulier de son souffle,
    de ses ronflements,
    de son inspiration qui s’étire dans un long et pénible sifflement,
    de son expiration que j’ai souhaitée, tout à l’heure, éternelle,
    ses apnées sans fond sur lesquelles je me penche de peur que jamais il ne remonte,
    maintenant
    me rassurent.
    Je m’accroche à cet homme-paquebot.
    J’épouse les ondes qu’il diffuse.
    Un phare radiophonique dans ma nuit.

  • Les genoux potelés
    Deux flexions
    Comme un ressort
    Et c’est parti
    Il s’élance
    Papa s’éloigne
    Ça il ne le voit pas
    Maman est à une éternité de lui
    Ça il ne le sait pas
    Le pied droit n’hésite pas, le gauche n’a qu’à se débrouiller
    Le pas fragile
    L’amour fort fort
    C’est la dernière fois qu’aller de Papa à Maman est un exploit.
    Pourquoi c’est beau ? On l’a tous fait. Un exploit. Et on ne s’en souvient même pas. C’est beau parce
    que ça n’arrive qu’une fois.

  • Je parle comme une voiture sur l’autoroute du sud
    Je parle comme un enfant dans la forêt
    Je parle comme deux singes assis
    Je parle comme un oreiller qui attend
    Je parle comme une main grande ouverte
    Je parle comme un signe inconnu
    Je parle comme une flamme dans la tempête
    Je parle comme la neige sur la mousse
    Je parle comme un café bien serré
    Je parle comme les sanglots dans les violons
    Je parle comme un caddie qui zone
    Je parle comme une femme qui s’est maquillée sans miroir
    Je parle comme d’autres fument
    Je parle comme on ne m’a jamais demandé de le faire
    Je parle comme si c’était la dernière fois
    Je parle comme on désespère d’aimer
    Je parle comme la mer siffle
    Je parle comme un lundi alors qu’on est jeudi.

  • Je veux glisser ma main dans la tienne et dire je t’aime en mode soutenu et te rattraper si tu tombes je ne sais pas du train et kidnapper ton odeur au pluriel et mettre ta bouche sur repeat quand elle dit oui et imprimer ma joue là où il y a tes poils ta peau ton coeur les uns au-dessus des autres et te dire oui même si tu ne m’as pas posé la question et composer un livre avec la somme de tous tes messages et jurer une fois pour toutes que c’est pour la vie et éclater de rire pour rassurer mon aveu et signer mon nom lové au tien et jouer à chat avec la mienne et ne pas mettre un point à la fin

  • Le chausson aux pommes passait de sa main gantée d’un cuir léger à la mienne pleine de feutre, de son manteau d’hiver aux effluves d’ambre à ma joie impatiente. Il tenait ses promesses. Le moelleux sous les doigts sur les lèvres, le sucré autour de la langue, le cœur regonflé à chaque bouchée, la récompense d’un petit corps avide de tout ce qui remplit, une dose d’amour à l’insu de tous.
    La main gauche dans celle de ma grand-mère, la droite réservée au chausson.
    Derrière
    le chahut les cris les moqueries qui fracturent
    Devant et bientôt dedans
    la chaleur de ma maison du sourire de ma mère qui va rentrer elle aussi ma chambre qui m’attend
    depuis le matin
    Dedans et dans mon ventre le chausson aux pommes
    Dehors ce qui m’arrache au doux au chaud au sucré.

  • Je marche, mon téléphone décompte, j’accélère, mon téléphone confirme, mes yeux cherchent, la
    pluie s’invite, mes sourcils se froncent, mes mains me recoiffent, j’accélère. Ce café m’abritera.


    L’eau ruisselle, le sol éponge, mes yeux hésitent, mon cœur bat, mes yeux comprennent. Ce visage
    sourit, mes yeux savaient, ce sourire s’avance, ce sourire parle, ces yeux insistent, la pluie
    s’immisce, Simon raconte, la pluie se rapproche, mes cheveux frisent, la pluie rapproche. Simon
    attend.

    J’attends. La porte s’ouvre, la foule s’engouffre, les mains s’hydro-alcoolisent, les pieds se
    déchaussent. Simon s’immerge, les ombres mentent, je m’immerge, les ombres tourmentent, les
    lumières dansent, nos corps s’imprègnent, la chamade temporise. Une porte se referme. Le son
    monte, la géométrie poétise, le blanc pulse, le noir trace, la magie explose. Nos corps se déforment,
    l’écran nous absorbe, les miroirs enflent. Simon ondule, je souris. Simon ondule, je filme. J’espère.

    Simon se tait.
    Mon téléphone sonne, Simon écrit, ses mots s’affichent, mon cœur lit.
    Cela bouge
    Cela touche
    Cela secoue.

    J’espère.
    Simon sait.

  • Rien ne se livre Tout se prend je rends ce qui ne sourit pas le pas sage est étroit ils étaient trois le roi est seul le sol est dur rude est le corps le mort siffle la scie est douce mon pouce sur ta lèvre je me lève le matin les marins ne se couchent pas elle accouche demain les mains pleines de savon les savants nous épatent les pâtes au saumon c’est bon ce rond me fait tourner la tête au fait tu m’aimes je sème un maximum les hommes sont étranges les oranges bavardent dans le panier les orages bavent dans les bananiers le nez gratte la grotte ferme.

  • Le vent court dans mes cheveux
    Démêler le faux du vrai
    C’est que
    Les mensonges ont des attaches insondables
    Fixer les choses et les gens
    De travers
    Avaler cul sec
    Sans s’étrangler
    La vérité fraîchement déposée.

  • Je peux prendre un ami dans les bras. Je ne peux pas regarder longtemps dans les yeux. Je sais rire et pleurer. Je ne sais pas rester. J’ai peur du fracas. J’attends une parole pour me déployer. Je ne dis jamais reste. Je dis tu reviens quand. Je me souviens mais je ne me souviens pas de ma voix d’enfant. Je n’ai pas tout dit. Je laisse mon téléphone allumé la nuit. Je fais la vaisselle. Je ne fais pas semblant. Ni pour ça ni pour le reste.