Tu bois

Tu bois … 

Tu bois comme on s’embrasse la première fois :  

tu aimes parce qu’on te l’a dit mais sans trop savoir pourquoi.  Tu bois … 

Tu bois comme tu ris, comme tu chantes, comme tu danses :  s’abandonne l’esprit, sonne l’heure délivrante où l’inconscience espérée,  cette nuit encore, valse tes traumas. 

Tu bois … 

Tu bois comme si tu voulais savoir. Mais savoir quoi ?  

Cette Vérité qui te ronge, d’être ou de n’être pas  

comme l’a écrit le poète autrefois ?  

Tu bois … 

Tu bois comme si chaque goutte était la dernière qui en appellerait  une première et tu épouses le vice qui courtise le versa. 

Tu bois … 

Tu bois comme si tu avais oublié le comment du pourquoi :  au royaume de l’ivresse, la raison ne compte pas. 

Tu bois … 

Tu bois comme si le monde n’existait pas. Tu ne vois plus, tu ne sens plus,  tu n’entends pas et sur les steppes malheureuses des Grands Comptoirs,  tu promènes ton mal-être solitaire aux humides effrois. 

Tu bois … 

Tu bois comme si tu ne savais plus aimer sans ça :  

l’Amour devient bouteille pour des Bacchantes telles que toi. Tu bois … 

Tu bois comme quelqu’un qui jamais ne saurait se taire,  siffant des promesses alcooliques – « Demain, j’arrête tout ça ! » –  auxquelles plus personne ne croit. 

Tu bois … 

Tu bois comme une damnée dont le diable ne voudrait même pas :  ta religion est éthylique, t’enivrer ton chemin de croix. 

Tu bois … 

Tu bois comme si tu n’entendais pas tous ces moralisants autour  qui s’offusquent et s’étouffent en se gargarisant de :  

« Ô pauvre demoiselle !  

Comment est-ce possible de s’infiger de tels états ? ».  

Tu bois … 

Tu bois comme pour crier : « Au secours ! A l’aide ! Aidez-moi ! ».  Mais dans l’obscurité de ta détresse, jamais personne n’entend ta voix. 

Tu bois … 

Tu bois comme si ta seule issue était ce triste bar,  

arène bien connue de tes nocturnes exploits. 

Tu bois … 

Tu bois comme si les flammes de ton enfer devaient être éteintes  par chaque gorgée de ce verre si froid entre tes doigts.  

Tu bois … 

Tu bois comme une naufragée perdue au milieu d’un océan distillé.  Et les parfums de fruits mûrs aux bulles assassines  

nourrissent doucement ton liquide coma.  

Tu bois … 

Tu bois comme une souffrance, cette belle amie qui t’enveloppe de ses bras  et au goutte-à-goutte frelaté t’emporte toujours un peu plus bas. 

Tu bois … 

Tu bois comme t’as peur, comme t’as mal,  

comme tu hurles, comme tu meurs ! Tu bois, tu bois, tu bois !!! Tu bois … 

Tu bois comme si tu ne voulais plus me voir. Pourtant je suis là, je crie,  je me débats, je pleure et finalement tu vois moi aussi, je bois …  

Le ruisseau de mes larmes dans lequel je me noie …   

Pour B.B.