Le grenier
sans cesse
tomber


du grenier
sans cesse
tomber

des merveilles
du grenier
des rêves


du grenier


du 7ème ciel
des possibilités
des ouvertures
des étoiles


tomber
des promesses

tomber
sans cesse


du grenier

de l’incandescence
du vol plané


tomber

de la folie
furieuse

tomber

de l’explosion
mentale


du grenier
tomber

de l’intemporel
de l’irréel
du désir
sans limites


tomber
tomber
tomber


de la tête
aux pieds
au cul
au fond
au tréfonds

tombe
tombe

dans la noirceur
tombe

écrasée
tombe


coeur
viscères
tombe


dans la fange
la morsure

de poussière
tombe


dans ta boue
enfoncée
tombe
tombe
tombe


du grenier
à la cave
direct

sur ta tête
dans tes pieds
tes ecchymoses
tes bleus
tes oedèmes
ta peau
ton âme

tombe
du grenier
à la cave

pas

d’entre-sol

pas

de plat

pas

de calme

pas

de pause

pas

de répit

pas

de paix

tu
tombes

du grenier
à la cave

depuis
toujours

tu
tombes

depuis que
tu es née

ça finira

au 3ème
sous-sol

ça finira

sous
terre

ça finira

mangée
par les vers

ça finira

au caveau
la chute

du ciel
à la terre

ça finira
éparpillée

ta vie qui
tombe

ça finira

dévorée
par les hauts et
les bas

ta vie comme

une montagne
russe ta vie en
dents de scie

ça finira

en morceaux
au caveau
au tombeau

ta vie
à deux étages

ta vie
sans rez-de-chaussée

ta vie qui tombe
de haut.

Souvent je me dis que tout est foutu, Tout est Foutu je me dis et j’y crois, j’y crois vraiment.
Pas vous ?
Vous faites comment vous ?
Parce que moi je crois toujours qu’il n’y a que moi, je crois toujours qu’il n’y a que moi qui souffre comme ça.
Et vous ?
Vous souffrez, vous ?
Beaucoup ?
Beaucoup comment ?
Des fois j’ai l’impression d’avoir des couteaux, des couteaux tranchants dans la chair qui me déchirent à chaque pas.
Vous sentez ça des fois ?
Qu’on vous coupe en morceaux ?
Ça vous arrive ?
Ça vous arrive comment ?
Moi je pense toujours au verre vide, à la face noire, à l’envers, au creux, au rien, au cruel.
Pourquoi je pense moins à la lumière, à la bonté, à l’amour inconditionnel ?
Ça vous fait ça aussi ?
Vous tombez dans des puits ?
Vous pensez à la mort ?
Vous perdez vos amis ?
Vous sentez la solitude ?
Et l’amertume, vous la sentez ?
Et les regrets, vous avez des regrets ?
Et la peur, elle vous paralyse aussi ?
Vous avez mal ?
Vous avez mal comment ?
Moi je pense que j’ai très mal.
Tous les matins je me dis Lève-toi non Reste-au-lit non Lève-toi tu auras moins mal non Reste-au-lit tu as trop mal.
Et je deviens toute raide, toute rigide, mes genoux, mes bras, mes doigts, je suis toute dure, je me dis Tu es dure.
Je me dis Assouplis-toi, je me dis Il faut vivre lève-toi et tu verras.
Je me dis Dehors il y a le soleil ou Il y a le vent ou Il y a du bleu avec du vert.
Il y a toujours un petit espoir, je me dis, Toujours un petit espoir.
Vous le voyez, le petit espoir ?
Vous l’entendez ?
Il vous dit quelque chose à vous ?
Il vous parle ?
Il vous parle comment ?
Parce que moi des fois je l’entends, des fois je l’entends clairement.
Alors je peux vivre comme ça toute la journée.
Avec le petit espoir.
C’est beau l’espoir, c’est doux.
Ça vous accompagne, c’est comme un ami, ça vous dit des belles choses, ça vous donne confiance.
Vous connaissez ça, vous, les jours d’espérance ?
Les jours après la nuit ?
Les grands jours après la grande nuit ?
Ou même les petits jours ?
C’est toujours des jours les petits jours, je me dis.
C’est toujours ça de pris.
Pas vrai ?

Je t’oublie comme ce jour de décembre où le sourire aux lèvres tu m’as tuée en me disant c’est pour ton bien et que ta mère m’a dit faut pas pleurer pour rien


Je t’oublie comme la caissière du cinéma plus belle qu’Emmanuelle Béart et Ornella Muti réunies tellement belle que moi je serai moche toute ma vie

Je t’oublie comme on laisse un tout petit enfant se débrouiller sans son père parce que voilà il est mort

Je t’oublie comme quand dans la campagne on s’est accroupies toutes les deux complètement hilares et ensuite on
s’est appelées Soeurs de Pisse on savait pas que c’était un mauvais présage

Je t’oublie comme la condescendance personnifiée derrière un bureau de haute autorité le CV tenu du bout des doigts au-dessus de la poubelle mes pleurs dans la voiture après en rejoignant l’homme que j’aimais qui finira par me quitter pour la caissière du ciné devenue caissière au supermarché une héroïne n’empêche aujourd’hui

Je t’oublie comme ta subite indifférence après l’intense fusion narcissique qui ne reflétait que toi-même quand je croyais que tu m’aimais comme moi je t’aimais plus qu’une soeur

Je t’oublie comme un chant perdu qu’on reprenait avec le coeur qui bat la chamade à tout rompre et puis tout s’est rompu

Je t’oublie comme on laisse une ado grandir sans sa mère parce que voilà elle est malade elle va à l’hôpital et les enfants ça pousse comme du chiendent alors j’ai poussé quand même

Je t’oublie comme le venin qui s’échappe de ta bouche écarlate mais je sais aujourd’hui qu’on n’a plus entièrement le même sang je m’en ferai plus du mauvais pour toi jamais

Je t’oublie comme ce pouvoir qui a enflé ta tête tellement que t’arrives plus à distinguer la finesse de la vulgarité

Je t’oublie comme les voyages les vies fantastiques les rêves de grandes villes ou de bords de mer deux enfants et même trois et briller dans la lumière et l’admiration pour le talent le travail accompli le nom qu’on laissera dans l’Histoire

Je t’oublie comme tu as oublié de me dire que mon père mort n’était pas mon père biologique comme on oublierait le lait sur le feu pas si grave on en rachètera on va pas en faire un fromage

Je t’oublie comme on vieillit on s’aigrit on s’empâte tellement qu’on devient sec et mou à la fois et qu’il vaut mieux tirer la gueule parce que c’est toujours la faute des autres en tous cas pas la tienne

Je t’oublie comme le visage de Madeleine caché sous son masque dans la fenêtre entr’ouverte elle entend mal et ne lit plus sur mes lèvres invisibles c’est le monde qui a changé jusqu’à sa porte

Je t’oublie comme le chagrin et le ressentiment qui se débinent en même temps quand la lune fidèle éclaire ma nuit et mon jardin et passe la main au soleil du matin qui chatouille mes paupières et que je lis un texte d’Amandine Monin

Je t’oublie comme on caresse un bon chat qui se love contre soi sous la couverture d’un livre au bord du poêle qui sereinement crépite

Je t’oublie comme on s’accroche à la beauté à la bonté aux mains tendues aux coeurs qui aiment sans miroirs sans failles ni comptabilité aux coeurs qui restent aux âmes douces aux doigts qui courent sur les touches du piano

Je t’oublie comme on déroule le pied droit du talon aux orteils puis le pied gauche pareil et ainsi de suite jusqu’au vaste horizon

Pour celles qui font des drames, qui ruminent des épingles, qui tournent en boucle leur linge sale dans leur ventre
pour celles qui vivent clouées au lit du plomb dans les plumes sous le ciel du plafond
pour celles qui ont tout misé sur un nouveau départ et qui rentrent dans leur trou aussi grises qu’une souris
pour celles qui se tapent la tête contre leurs propres murmures
pour celles qui s’assoiffent de regrets et s’abreuvent à leurs larmes
pour celles qui tirent le rideau sans faire leur révérence
pour celles qui tombent à genoux pour un oui pour un non hurlant jusqu’au dégoût
pour celles qui n’ont pas su pas osé pas fini et qui s’effacent avant l’heure de la disparition
pour celles qui saignent des larmes tant elles ont à pleurer
pour celles qui s’abritent dans les brindilles de leur peau aussi fragile qu’un nid d’oiseau

quand les puissants seront déchus nous affolerons le monde
quand les gagnants auront perdu nous brandirons nos échecs comme des reines
quand les conquérants seront vaincus nous clamerons nos victoires de rien
quand les vaillants n’auront plus de courage nous leur offrirons nos forces de souffrantes
quand seuls l’art et la beauté nous sècherons nos larmes
quand seuls l’océan et l’écume nous voguerons sur nos vagues à l’âme
quand seuls la brume et le vent nous referons surface
quand seuls l’éclair et la lune nous nous tournerons vers le soleil

de nos vies effleurées un parfum reste à naître
chaque jour entre nos murs mille oeuvres à enfanter
notre survie signifie encore plus que la vie