Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Isa Solfia Manzano

  • les révélations de ma nature profonde m’ont été données dans le ronflement abyssal d’une
    nuit sans lune.
    une vision claire et profonde et simple de l’ontologie complexe originale et délirante de ma
    constitution.
    je suis végétale.
    (or tout touche toujours à l’animal. nous sommes une espèce zoocentriste.)
    née décentrée. enfant déjà je parlais aux abeilles.
    ceci n’est ni une réalité ni une irréalité c’est la vibration interne des strates qui m’animent.
    c’est. et c’est découvert.
    une identité sous-jacente à l’écharpe animale.
    la puissance la force l’attractivité d’une telle nature ne peut que s’inscrire dans un hors-cadre.
    (un photo-montage les photons dansant dans le vide du beau. dans le vif du bref.)
    quand t’es comme ça tu penses en lichen
    tu penses en floraison
    tu penses en champignon
    tu penses en saison.
    (c’est d’ailleurs étrange on a longtemps invoqué la nature comme prétexte à parler de
    l’humanité.)
    flore intestinale flore vaginale
    ramifications neuronales pensée en arborescence système végétatif.
    je suis végétale.
    racinaire gorgée d’eau de sève de lumière de gaz.
    je photosynthèse
    je multiplie
    j’articule
    je particule
    les subdivisions
    les reproductions
    les apex perplexes
    je rampe je racine je fleur
    m’étends me répands
    je suis renoncule fischia cèpe bolet
    xanthoria parietina
    vivace vive succulente fibreuse fougueuse
    résistante respirante accrécente.
    traces de strates.
    sur le seuil des pollens virevoltant
    profondément enfouie
    dans la vie frénétique de l’animal-carne.
    végétale en lianes-animales.

  • le matin était venu.
    plus rien ne pouvait me retenir
    me faire revenir
    sur l’idée de cette rencontre ;
    comment la restituer à présent ?
    c’est l’intime qui palpite en moi.
    je me souviens de tout mais la limite
    est le langage.
    le soleil se levait à peine dans les gris des nuages
    les rayons perçaient et me fendaient les yeux
    je roulai en continue ne m’arrêtant jamais
    sentai la transpiration rouler sous mes aisselles
    j’étais nerveuse
    je ne savais pas où j’allais
    je ne savais plus sur quel fil marcher
    pour rester en équilibre.
    précaire ;
    il y avait au bout du chemin
    de la si longue route
    la palpitation du nouveau, la beauté de l’inattendu
    le printemps du destin
    ou bien rien
    rien qu’une mascarade

    un faux espoir
    un fantasme de plus dans cette vie nauséeuse
    et intranquille
    intranquille
    oui, je me sentais intranquille
    j’étais un vers de pessoa une pensée baudelairienne
    et j’avançai toujours sur le fil sur les rails sur les routes
    qui mènent au destin que l’on pense se choisir
    je bravais l’aventure j’allais vers la vie.
    l’instant arrivé je sentis mon cœur devenir
    un tableau de jérôme bosch
    le réel prit le pas sur le mien
    il me fallait bien dire un mot
    j’ai dit bonjour puis j’ai laissé les fils de la toile
    se faire se défaire se refaire
    j’ai laissé
    pénélope revoir ulysse

  • Là, observant, dans l’ombre des reflets.
    Ça ondule…
    Rappelant la vanité dans un œil étrange.
    Par-delà, aux horizons défaits,
    agitations des agissements.
    Que faire ? Que comprendre ?
    Il y a tellement de choses qui s’agglutinent
    jusqu’à s’entrelacer, s’enchâsser,
    s’enchevêtrer, se chevaucher…
    parfois même, se piétiner ou…
    s’embrasser.

    Car : ça ne prévient pas.
    Ça ne parle pas.
    Ça ne dit rien.
    Non ; pas un mot.
    Jamais.
    Ça laisse en suspens.
    Entre différents états.
    Des sentiments ambivalents.
    Entre joie pure … et amertume.
    Une palette de nuances.
    C’est vaste.

    Un indescriptible
    dont on ne revient jamais

    … identique.

    Quand on y pense…
    Mais pourquoi y penser ?
    Savons-nous au moins
    à quoi cela ressemble ?
    On ne le sait que de l’extérieur
    car lorsqu’on y pénètre…

    … d’ailleurs qui en est déjà revenu ?

  • Chaleur du midi,
    écrasante.
    Le soleil a décidé de s’installer sur la ville endormie.
    Rues étroites baignées d’une lumière blanche,
    crue.
    La poussière flamboie dans l’air immobile.
    Les bâtiments fondent sous la chaleur,
    Le crépi s’écaille.
    Effet d’abandon.

    Odeurs de pain frais, de café. Une boulangerie voisine.
    Là-bas le parfum âcre des poubelles,
    débordantes.
    Bourdonnement sourd au loin. Circulation. Bruit de volets
    claquant contre les murs.
    Battements de cœur dans cette ville vivante de sommeil.

    Elle se dirige vers la place principale
    Là une silhouette solitaire devant la vieille librairie.
    Un homme, physique singulier,
    perdu dans ses pensées.
    Visage marqué par le temps, cheveux en désordre,
    front large et plissé.
    Une barbe broussailleuse dissimule son visage,
    reflet de ses yeux fatigués.
    Quelque chose attire dans son allure 
    : aura de sagesse mêlée de mystère.

    Démarche lente mais déterminée.
    Canne qui semble être un soutien
    symbole de son élégance
    ou de sa magie.
    Etrange personnage,
    sans doute un bibliomane.
    Curiosité irrépressible
    : engager la conversation.

    Elle lui demande timidement s’il est habitué de l’endroit
    et l’importance du livre dans sa vie.
    Il lui répond d’une voix grave,
    comme nostalgique
    que les livres sont ses seuls compagnons
    qu’ils sont des clés de voûte soutenant l’édifice
    de son existence.
    Boussole des dédales
    de sa propre conscience.

    Surprise par sa réponse, elle poursuit
    pourquoi choisir ce jour torride pour flâner
    devant une librairie.
    Réponse aussi énigmatique que son apparence
    il avoue que les livres ont une étrange façon
    de se révéler à lui
    de le révéler à lui.

    Peut-être qu’aujourd’hui
    le destin lui reserverait une découverte
    inattendue.
    Intriguée par sa philosophie elle ose
    un livre en particulier qui a marqué votre existence ?
    Son regard se perd.
    Un sourire énigmatique murmure
    que chaque livre est une des clés de son âme.

  • pupille sauvage
    larmes ruisselantes & apostrophes

    vécus

    les rires s’engouffraient entre les connaissances intuitives

    terriblement vaste
    terriblement vaste

    la pupille sauvage qui parle les autres mondes
    lointain théâtre d’une résistance

    mais qui révèle immédiatement la mélodie synesthésique
    des métaphores d’un autre temps ?

    liquide aérien sensible magnétique imaginaire impalpable
    photographie sépia

    où être ?
    où être ?

    engloutis de carapaces que le spectacle de l’esprit
    ne traduit pas
    ne traduit plus
    les os maculés de questions et de réflexions-mots

    il y a le vide
    il y a le vaste
    ce qui répond au fond au rien au tout au pas et puis
    sans autre précision que celle d’une autre question
    question-ne-ment
    ainsi va la pensée
    saura-t-elle nous tenir

    contenir nos contours
    contenir nos contours

    en figures capables de vivre et ad-venir

    pupille sauvage
    plantée dans ce regard

  • PEUT-ETRE ne savons-nous pas explorer l’intuition
    nous libérer du je sortir-de-soi EX-ISTENCE
    peut-être n’entendons-nous pas l’art
    (évidence articulant les inarticulés) EXIT-STANCE
    rompre avec attitudes habitudes pré-conçus
    & dans ce laisser-apparaître puissant : se glisser
    peut-être sommes-nous enracinés dans des luttes
    (corporelles sociales familiales) — ONTOLOGIQUES
    que la pensée enserre la profondeur dans une logique
    EGARANTE pensée celle qui ne sait cesser
    la surprendre la suspendre et SENTIR
    que la vie est plus simple qu’on ne le croit
    que les fabulations des enfants sont vraies
    (peut-être qu’elles le sont)
    peut-être dort-on rêve-t-on
    tout peut arriver dans le rêve on peut être autre
    animal plante sensation émotion espace multiple …
    peut-être est-ce cela le VRAI
    les totalités portées par le rêve
    l’art serait peut-être une forme du rêve
    mouvement de l’un vers l’autre de l’Autre vers l’Un
    FLUX PERCEE de la finitude vers l’infinitude
    possibilités offertes par le vaste monde
    peut-être ne pourra-t-on jamais mesurer l’étendue de tous nos
    POSSIBLES
    l’art serait la réalisation dans l’arrêt-germe
    :action transcendante déploiement
    d’un donner-à-entendre
    mystères insondables de notre infinitude
    art-lisière
    PEUT-ETRE…

  • j’accompagne l’horizon aux 
    flancs des océans —
                : i n t e r v a l l e s    des montagnes 
           humides des ventres-brumes — 
    je veille les repos sauvages 
    les branches aux perles-bourgeons 
          c œ u r    —    v o y a g e 
       , pensée-paysage 
                   de l’Instant-Souffle —
    orgasme du bout des lèvres 
                buttant sur l’expression de la 
    beauté de l’ I n f i n i — 
           mouvements imperceptibles 
    des vibrations du Tout 
                   :   p e r c e – v o i r —
    adossée aux horizons des mys-
    tères     ;    je repose mes sens aux li-
    sières des apparences 
             battements d’ailes — tressées 
    des doigts du monde