Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Laure Miel d’Yack

  • … et non, nous ne nous lasserons pas
    d’aimer-relier trop fort
    de tisser ces escaliers de marteler le réel
    de panser les plaies qu’a fait le gel sur les legs du savoir
    de tutoyer l’invisible
    Tu ne remarques rien ? Ou plutôt ne remarques-tu pas l’absence de ce que tu devrais remarquer ? [1]

    plus on avance, plus on comprend
    l’élégance de perdre
    les rejets sur les souches des noisetiers
    on emprunte aux paysages – à peine, de quoi avancer
    on prélève du sentiment, de l’intuition
    là le schiste – là le thym – là l’odeur chaude, sèche
    là le lavoir – écoute, là les pierres se souviennent
    de mains de dos endoloris de patiences
    là la place – là la grange enceinte d’été
    les foins rentrés étaient terreaux des longues nuits
    et la poussière n’avait pas
    assez de mots pour les faire taire
    là le sentier – là la croix – là le promontoire
    là le calvaire – là la source à laquelle tous sont venus boire
    j’ai un cœur de Salpêtrière
    au service constant des urgences
    de réanimation
    des histoires
    Ce qui a été compris n’existe plus.[2]

    rien n’attend, non – rien n’efface l’appel, pourtant
    ma mémoire disparate mendie des traces, des évidences
    poétiquement
    ça glisse les phrases
    ça glisse le monde les jours les gens
    Ce que je fais, ce n’est que la discipline d’une vie où aucun jour n’est férié.[3]

    une brebis bêle, un chien aboie
    il y a comme les pistes d’un langage en faction dans le paysage
    une famille de résonance, je louvoie vers elle –
    mais laquelle ?
    ça glisse les phrases
    ça glisse les jours les gens la terre le ciel
    je n’ai jamais appris à aimer droit

    [1] Citation extraite du film Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde, 2007
    [2] Paul Éluard, Le Miroir d’un moment dans Capitale de la douleur, 1926
    [3] Pascal Quignard, Tous les matins du monde,1991