Parfois, je perds espoir. Comment l’écraser en venir à bout le destituer mettre fin à son règne ?
Je l’imagine comme un énorme tas de tôles qui s’entrechoquent dans ses mouvements répétés
Usine vivante dont la fumée crachée nous avale les poumons
Il hoquette dans des cliquetis des bruits explosifs ces bruits qui font rentrer en soi-même et font monter la tornade angoisse
Parfois un gouffre s’ouvre au milieu de ses pièces brinquebalantes
Sourire carnassier rompt la neutralité glaciale avec laquelle il s’affaire
Il étend des fils plantés dans nos corps nos cerveaux et érige des murs partout
En nous en moi en colère contre moi
De ne pas y arriver arriver à quoi à être peut-être à pouvoir être
Son influence m’arrache à un moi que j’ai soif de connaître
Je tourne en rond animal en cage
Dans ma captivité fulmine ma rage
Dont je suis la cible et des coups s’abattent en double
Il s’insinue partout dans les interstices de mon être et des autres
Il est dans l’espace public, au boulot, au pieu, dans les conversations, aux toilettes, à l’hôpital partout il
est les guerres qui pleuvent ailleurs et en nous
Entre ses mains nous sommes ses marionnettes
Pantins soumis à ses desseins
Jamais rassasié, il continue toujours d’éructer
Bulldozer écrase déplace creuse
Dans une avancée impériale et totale
Il façonne modèle sculpte une armée lobotomisée
Pour perpétrer ses méfaits et, galvanisé,
J’entends ses rires qui me toisent vainqueurs
Quand il attrape les pensées qu’il m’a soufflées
Il se veut invisible, lové le plus souvent dans nos inconscients
Mais quand je le vois pour ce qu’il est, je ne suis plus ma proie
Il me donne toutes les raisons de me battre juste pour l’écraser
Tu es le forgeron dont l’écho du marteau résonne dans tous nos corps
En chacun de nos inconscients se glisse la forme que tu imposes
En chacun de mes mouvements je te sens
En chacune des fenêtres sur le dehors je te vois
En chacun des bruits du monde je t’entends
En chacune de mes respirations tu es là
Tu veux faire de nous tes soldat.e.x
Toi qui nous déracine de nos maisons nos pays notre planète nous-mêmes
Qui construit des barrières pour isoler dans cette binarité
Toujours plus meurtrière toujours le dominant le dominé
Culture nature valide handi minces gros blanc les autres hétéro les autres hommes cis les autres
Tant d’exclusion pour que ne reste seulement qu’une
Petite part qui mange tout le gâteau
Petite part dont le monde est écrasé par l’égo
Ton nom est pluriel et tes formes infinies
L’oppression est une réserve inépuisable
Où trouver les façons de perpétrer ton pouvoir
Je continue de subir les coups de ton martèlement lancinant
Tu m’as volé ma vie en me pétrissant pour un moule
Bien trop excluant si on déborde c’est la disparition
Longtemps ignorée, ton emprise n’est pas absolue
L’héritage des luttes est le boulon dans tes engrenages bien huilés
Tu frappes sans cesse pour donner forme
Et à chaque impact j’abats les normes
J’utilise ta force pour briser les chaînes
Ta cruauté pour que ma rage se déchaîne
J’invoque tous les temps pour conjurer ton empire
Et sous les ondes de choc, nous défaisons pour reconstruire