je suis je, et tu es tu

Je regarde la distance qui nous a fait,
qui me fait je et qui te fait tu.
Je ne veux pas dormir dans tes draps,
ni faire ta vaisselle,
ni te voir tous les jours.

Je respire entre ma bouche et ta bouche
les millimètres qui nous font pas nous.
Je lèche tes cils, je mâche tes yeux,
je suis je, et tu es tu.

Je te regarde travailler de près,
je deviens ta petite lampe de bureau,
je glisse mon nez entre tes doigts,
je mets mes dents entre tes dents.

J’idolâtre de loin cette distance,
je vénère ce tout petit dieu
qui a décidé avant-hier
que tu n’es pas moi, et que je suis pas tu ,
et que nous ne pourrions 
jamais
être
nous.

Je me répète -tous les jours-
Le monde est long
Mes bras sont courts.
Je ferme mon cahier,
j’éteins le son.
Et puis, alors ?

Je me répète -toutes les heures-
Le vent est fort
Mon âme est souple.
Je frappe ma tête,
je coupe le son.
Et puis, alors ?

Je me répète -de chaque instant-
Les étoiles ne sont pas des étoiles
Mon corps n’est pas mon corps.
Je vide mon cœur vide,
j’éteins à nouveau le son.
Silence. Silence.
Et puis,
alors ?