Mais par quel bout dénoue-t-on la corde invisible ?
On s’allonge ventre contre terre sur le sable, et on avale, à pleines dents, ses grains bruns et humides ; on s’éventre à main nue, dialogue avec les neurones de l’estomac, entre les tours noires des organes qui guettent ; voyage dans les cavités effrayantes de soi, où un liquide se répand, insatiable.
Allez, arrête,
Regarde encore les poèmes qui attendent
Sur le bord du chemin,
Métaphores levées.
Allez, arrête,
Ecoute les songes,
Chants de vérités
Sur l’innommé,
Inutiles loyautés,
Fragilités autres
Qui te sont étrangères :
tu ne comprends plus leur langue. Tu fais juste semblant : tu prends un air entendu, tu adresses un sourire au hasard, tu feins d’acquiescer, et le corps, lui, est pris dans cette transe.
Allez, arrête,
Sens sous tes doigts la bure du temps,
Lourde et menaçante,
Solide comme les genoux des moines,
Pliés, relevés, increvable prière.
Allez, arrête,
Il y a encore une lumière bleue
Et de pourpres filaments
Qui tracent l’univers
Juste pour toi,
Indifférents au désespoir noir
Que tu avales chaque matin.
L’habitude est un Golgotha,
Et souviens-toi : tu ne crois plus.
Alors, allez, arrête,
Et balance en grands débris fracassants
Sur la dalle sombre que balaie le vent
Les cordes, les verres et les chaînes,
L’agonie douce du mouvement.