A quoi je ressemble ? A un foutu concombre !
Un concombre droit, interminable, sans la moindre courbe. Mon corps s’étire, tendu entre l’infini et le néant, oscillant entre le vert éclatant et le jaune maladif au rythme de mes nausées. A l’intérieur, il n’y a que de l’eau, de l’eau et quelques graines dérivant dans mon ventre comme des naufragés, vestiges d’un semblant de satiété.
Populaire durant l’été, sous les longues robes légères, les regards glissent sur ma peau fine et lisse, révélant une ossature qui m’articule, comme les mouvements délicats d’un pantin. Certains m’admirent et me jalousent, d’autres détournent le regard. Puis vient l’hiver, où je me fais oublier, emmitouflé sous des couches épaisses de vêtements. Mes contours se floutent, des rondeurs réapparaissent, et je me fonds dans la masse, devenant une présence invisible et inutile.
Je m’accroche à la vie telle une cucurbitacée obstinée, agrippée à sa tige de perversion vrillant en sens inverse avec persévérance. A force de me nourrir que de concombres, je me transforme peu à peu en un légume insipide, sans odeur, sans éclat. Je deviens ce reflet fade de ce que je pourrais être, réduit à une simple chair aqueuse, dénuée de vie.
Je suis un p*tain de concombre, et rien d’autre !