Si j’étais

Si j’étais Paris,
Je frissonnerais des hommes et femmes qui marchent sur ma peau,
Si j’étais Paris, je baisserais le feu sous l’allume-gaz pour que le bouillon cesse,
Si j’étais Bordeaux, je laisserais s’éteindre les vagues de la Garonne sur l’arsenal gris,
Si j’étais Edimbourg, je ne ferais rien. Les briques sont déjà sombres, la pluie sur leurs versants.
Si j’étais Rio de Janeiro, je ne danserais dans les rues qu’à la fin du Carnaval,
Les costumes retirés, jonchant les avenues calmes et le pied des palmiers impériaux.
Si j’étais Saint-Malo, je ne sortirais de mon lit qu’au coucher du soleil,
Sous la lune, à cloche-pied sur la jetée, je courrais, j’oublierais.
Si j’étais Londres, j’attendrais sans bouger que me frappe
Le mois de novembre,
Si j’étais Biarritz, je voudrais que mon sable reste dans la poche des voyageurs,
Jaune comme leurs souvenirs de vacances,
Et que les planches des surfeurs échouent le long de mes flancs,
Me donnent de petits coups pour me réveiller de la sieste.
Si j’étais Vienne, je fermerais les yeux à quatre heures et demie. J’aurais le goût de cerise à l’alcool.
Si j’étais Paris, je n’aurais que faire des rats des pigeons des ordures
Qui chaque matin s’en vont et chaque soir reviennent
S’étendre sur l’oreiller de mes nuits réverbères.
Si j’étais Marseille, j’ordonnerais au mistral de se taire pour que les gens s’entendent,
Si j’étais Marseille, je brûlerais vos yeux,
Asphyxierais vos gorges d’or et de ma poussière,
Si j’étais Marseille, je me regarderais dans le miroir de la mer. Je me trouverais belle.