La peur provoque une espèce de frisson :
le long des bras
le long de la colonne vertébrale.

La peur se dirige vers le bas.

D’où vient la peur ?

Non.

Pourquoi la peur se manifeste-t-elle ?

Non.

Quand est-ce que la peur se manifeste ?

La peur se manifeste lorsque
je m’apprête à agir.

La peur est une sensation non
la peur est un message
que mon corps m’envoie pour dire : c’est dangereux

la peur ne me dit pas exactement ce qui est dangereux
simplement : c’est dangereux.

Qu’est-ce qui est dangereux ?
Dois-je agir malgré la peur ?

Non pas dans tous les cas.

Parfois ne pas agir signifie être caché parfois être caché permet de survivre
survivre prend plusieurs formes
et survivre reste néanmoins
survivre.

Mais cela est vital de savoir agir malgré la peur
cela est vital de savoir ignorer le message : c’est dangereux.

Lorsque j’ai peur je sens que je vais mourir.

Est-ce l’objectif de la peur ?

Donner l’impression de mourir pour indiquer le risque de mourir
comme donner une douleur fantôme pour indiquer le risque de prendre un coup.

Cela dit je risque très rarement la mort

cela dit si je comptabilise les moments où j’ai eu peur
la mort n’est pas impliquée

la punition l’est.

Attends je récapitule :

la peur se manifeste lorsque je m’apprête à agir
la peur me signale un risque de danger – potentiellement de mort
la mort n’arrive jamais, mais la punition

peur = action = punition = mort

la peur se dirige vers le bas.

Puisque tu veux savoir, ta fille est née un jour d’octobre. 
Tu l’as sortie comme une fève. 
Puisqu’elle avait des yeux très longs, ta fille t’as regardée, donc elle t’a reconnue, donc elle t’a nommée.
Alors tu l’as nommée en retour. 
Alors vous avez commencé la vie, ta main tenait la sienne, le chemin semblait droit, donc vous avez fermé les yeux. 
Alors le mal est arrivé. 
L’homme est entré dans la maison et de toutes les fleurs, de toutes les herbes que vous aviez placées dans vos cheveux il n’est resté plus rien. 
Des paroles il n’est resté plus rien. 
Alors ta fille est devenue chauve, ses yeux sont devenus étroits. 
Alors tu as hurlé beaucoup. 
Alors ta fille a quitté la maison. 
Alors tes cris énormes revenaient tous sur toi. 
Alors tu as pleuré comme un enfant qu’on abandonne. 
Alors tu as appris à exister dans le silence. 
Depuis les jours d’octobre sont bénis. 
Depuis tu portes une couronne sur la tête en plein hiver et tes larmes ont figé ton visage. 
Puisque tu veux savoir, ceci est bon.