Argenté partout.
Argenté comme le ciel de neige de l’enfance qui hésite au-dessus du vallon, argenté le toit de la
mangeoire au-dessus du beurre de l’hiver des oiseaux.
Argenté comme la dentelle de givre sur la branche squelette du jardin que je quitte.
Argentée la suspension de l’heure invitée par le gel.
Argenté le cheveu du temps qui a pris le large et l’aube.
Argenté là où versent les gouttes expérimentales d’encre diluées sur la photo.
Argentée depuis le bout du monde la perle au poignet du voyage.
Argenté là où court la lumière sous le nuage blanc qui souffle le flocon, argenté le flocon qui se
souvient de noël et se dépose la veille en cape fine sur les toits.
Argenté couvrant la peau de la bourse que je t’offre en cadeau.
Argenté comme les pigments du khôl sur le bord de paupière de la nouvelle année, argentés
comme les contours des vœux que mes doigts te murmurent, argentée comme l’aura de santé
assurée que je te prie de vêtir longtemps.
Argenté.
Argenté partout.

elle est une petite

elle est une petite
village reculé
comme pluie de feuilles chêne
sur la tête
des glands austères
inéluctables
jonchent le parcours rural
réglé
elle est sous contrainte
elle est libre
elle ne suit pas le chemin
elle est un chemin indéfini
elle laisse le paysage la traverser
elle n’appartient pas au territoire

elle va à l’école
elle est étudiée
elle fait ses devoirs toute seule
elle est due
endettée d’être en vie
elle est polie
placée dans le silence
dictée
comme il faut
dans la boîte muette de l’enfance

elle est le son sans l’instrument
l’écho silencieux de la lumière
sur le champ de blé
la pierre tombée
d’un château clunisien
l’eau qui cascade
__________________ dans la rivière en bas

elle ne s’appartient pas
envahie d’adultes
jusqu’aux marges de l’aurore

elle se lève s’envole
elle emmagasine des explosifs
elle est une implosion
_____________en attente

elle est vaste
elle loge dans le cerisier
le galet
le gardon

elle porte la diffraction
elle est diffractée
elle porte la rage
elle est enragée
elle survivra
ailleurs