Au matin, il m’arrive de regarder dans le miroir du temps, l’être que j’ai été.

Sur le chemin, j’ai quitté peu à peu cette timidité de l’enfance. Mutique d’abord, j’ai appris à retirer ces couches, ces peaux qui m’enfermaient, comme on pèle un oignon.

Et puis, petite, croisant la route de Mme Andrevon, j’ai ouvert des livres, sans plus jamais m’arrêter.

Avec elle, les pronoms se sont transformés en pétales de fleurs, les conjonctions de coordination en branches d’arbres, la grammaire en poésie.

Petite, j’ai grandi, enlevé de nouvelles peaux, découvert la voix qui déclame, le slam.
Cela m’a mené à moi-même.

Puis tout s’accélère. Encore petite, j’ai voulu tout apprendre, transformer le monde, partager la flamme, soigner la morsure, vaincre la brûlure.

J’ai capitalisé mes petits Poèmes Intérieurs Bruts, comme un écureuil ses noisettes.
J’ai partagé aussi ce qui s’écrivait dans mes nuits.

Jusqu’où peut-on enlever les peaux ?

Comment sonder l’être au plus profond ?

Alors même qu’il a déjà changé.

C’est peut-être la plume qui traduit la transformation.

Le Comte de Monte Christo. Les années. La carte postale. Manières d’être vivant. La Horde du
contrevent. Le consentement. L’Arbre-Monde. Les forces.

Petite, j’écrivais comme si tu n’étais pas là : maintenant j’écris un peu pour toi. Avec toi.