J’ai appris à faire comme les serpents
Glisser jusqu’à la table
Chercher derrière ta rétine
Observer tes dents comme des rasoirs
Broyer ta carcasse comme les bouches des crocodiles
Et pleurer sous la lune
Ici, juste là
J’ai compris que
Tes pieds avaient broyé ma nuque
Et que traverser ta vie sans bruit avait rendu mon visage sec
Alors j’ai frotté mon crâne sur ton ventre et de ma figure maigre
je t’ai bouffé
Comme font les fous…
Catégorie / Paola Leone
Rentre
Ne sonne pas
ne sonne plus
je t’attends
rentre
ça fait longtemps
que je t’attends
rentre
il est tard
il fait froid
rentre
pose ton manteau
là
sur la chaise
rentre
pose toi près de moi
rentre
tu le vois le café sur la table ?
tu le vois le café dans la tasse ?
il fume encore
tu le vois ?
rentre
Il est encore chaud
rentre
il est bon, tu verras
rentre
J’ai mis des fleurs sur le petit tabouret en bois
rentre
regarde comme elles sont belles
rentre
elles sont pour toi
rentre
ça fait longtemps que je t’attends
rentre
Cinq heures
Brouillard
rouler, bosse sur bitume
refaire les lacets
avancer
retenir le souffle/ puis/
faire entrer l’air dans les narines
Et c’est toujours la même histoire
Et c’est toujours le même goût
Pisse froide
goudron chaud comme la braise
Elle met ses mains au fond de ses poches, pour éviter que le froid ne lui glace les doigts
Ici, une merde de chien/ puis/
plus rien
le calme au ras du sol
Elle se dit que l’hivers c’est comme l’été finalement
ça sent toujours la tristesse
Station service ouverte
Kérosène
pigeon qui pleure sur l’escalier de l’église
tourner à gauche
prendre la rue des oiseaux morts
absence de lumière
les murs criblés de balles
réalité
fermer les yeux
ne plus penser à rien
juste deux minutes
le temps de remettre les pendules à l’heure
/ puis/
écouter le ciel
emprunter la rue des bouches qui sucent
reprendre
corps
main
dos courbé
cervelle saoule
faire comme les serpents
Elle glisse de toute ses forces vers ce qui l’attire
les pattes lourdes mais le coeur prêt
les muscles enfoncés dans le goudron
On attend tous la même chose non ?
Dis-leur
qu’on a perdu d’avance
que le monde est fou
qu’il ressemble à un trou
Dis-leur
qu’on est épuisés
de bouffer du vide
et
de boire de l’acide
Dis-leur
qu’il faut descendre bien bas
pour comprendre
le fond des choses
Dis-leur
que le diable a toujours la gueule ouverte
qu’il ne la ferme
jamais
Dis-leur
que les racines des arbres
ouvrent
des portes nouvelles
et que c’est
là
qu’il faut aller
pour
comprendre la vie
Dis-leur
que la première fois
c’est toi qui décide
Dis-leur
que la nuit
c’est comme le jour
si
c’est
toi
qui
le
veux
Dis-leur
mille fois
que si tu t’échoues
et que l’écume remonte sur tes joues
rien n’est jamais perdu
Dis-leur,
qu’il faut
lever l’ancre des bateaux
mesurer la longueur du silence
revenir près de l’abat-jour
coudre des cordes
tourner les talons
et
regarder devant, tout simplement…
Quelqu’un. Quelque part.
Je suis assise sur l’herbe fraîche, les pâquerettes posées de-si de-là, font des petits points jaunes. J’enfonce mes Converse dedans. Serrer contre ma poitrine, ton petit cahier rouge. En face, droit devant, il y a la mer. L’écume, remonte jusqu’à mes yeux. Ça brûle, c’est salé. À travers moi, je veux dire dedans, mes idées s’entremêlent. Ça fait des noeuds épais. À l’intérieur, je veux dire dedans, j’ai mal.
Non, je n’ai pas peur des eaux profondes. Je suis descendue très bas pleins de fois. Je pourrais me laisser glisser, comme ça, tout doux. Je pourrais marcher dans l’eau, dans les vagues. Droit devant. Puis attendre que ça fouette. Puis attendre que l’eau claque contre mes genoux, contre mes cuisses, contre mon ventre, contre mes seins. Je pourrais attendre que l’eau claque contre mon cou et sur ma bouche. Je pourrais attendre que l’eau pénètre ma bouche. Je pourrais. Mais je reste là. Assise sur l’herbe. Ton petit cahier rouge serré contre ma poitrine. Là, assise, face à la mer, je pense à toi. À tes mots.
Et quand je serai vielle et que je serai morte. Je viendrai te le dire. Que j’ai pensé à toi, tous les jours que Dieu laisse devant ma porte. Les mots, sont des traces indélébiles, qui me rapprochent de toi. Et même si les années passent, et même si le train de la côte bleue avance. Dans dix ans, dans vingt ans, dans cent ans, je penserai à toi. Car c’est pour toi que j’écris…
Je ne suis pas frisson
je suis spasme
je ne suis pas lâche
je suis assassin
je ne suis pas bûcher
je suis œil dans le feu
je ne suis pas auteur
je cultive des maux
je ne suis pas visage
Je suis figure à grosses lèvres
je ne suis pas coupable
je suis poings sous la table
je ne suis pas pensée
je suis vide dedans
je ne suis pas invisible
je me cache comme je peux
je ne suis pas langue
Je suis claquement entre les dents
je ne suis pas inspiré
je suis esclave
je ne suis pas savant
je suis riche dedans
je ne suis pas aigre
je suis juste insomnie
Je ne suis pas nuit
je suis mélancolie
Je ne suis pas silhouette.
Je suis ombre nue
Je ne suis pas œil.
Je suis paupière qui fusille
je ne suis pas poux
Je ne suce pas
je ne suis pas couché
Je suis horizontalement aligné
je ne suis pas Pierre
Je suis calcaire taillé
je ne suis pas arbre
Je suis forêt qui tremble.
Je ne suis pas résigné
Je suis juste à genoux
Je ne suis pas poème
je suis hasard, regret…