Je suis à la rue la rue est à moi

Je peux perdre le fil
dans cet étrange pays
qu’est le quotidien

je peux perdre le fil
quand le sérieux devient
un mensonge qui s’ignore

je peux perdre le fil
grâce au rire puisant sa source
dans les tragiques lignées

je peux perdre le fil
caresser des couteaux avec le cœur
embrasser mon reflet dans les lames

je peux perdre le fil
lâcher le manche des appartenances
n’avoir pour paix que deux mains nues

je peux perdre le fil offrir des cailloux en guise de papillons
à d’inconnus passants pour que de pauvres bancs
deviennent une chambre moins pesante

je peux perdre le fil des frontières
ne faire que traverser des-astres pour me rendre compte
que mon corps est celui de cet arbre couché ou de l’étoile impossible

Terrien

T’es rien
que 4 bouts de bois
agrafés à un socle de peuplier
sur des vestiges de jus de tomates
qui sont l’attentat d’une vague vie antique
aubade de caniveaux
d’un dimanche sans ciel
tu es venue à moi
tu m’as choisi

J’avais besoin d’écrire sur quelque chose
j’écrivais sur presque tout
sur une table souvent
sur mes blessures surtout
sur les murs partout
mais depuis que j’ai mal à la terre
j’écris sur toi

Tes visages sont un voyage sur un voilier
qui transporte des lacs des loups des étoiles
que je tiens comme une énigme entre mes mains
au grée d’un vent dans la lune

Je te regarde te renverser
pour vider tout la matière faisandée
les peurs pourris la haine frelatée
le râle des enseignes où la lumière saigne
où les fenêtres perdent leurs yeux

Tu habites invariablement l’intime
nyctalope
sur ton séant de pyrée
je tiens l’équilibre entre la nuit providentielle
et un sommeil damné

Le plafond a des rides
et je ne dors pas
sur ton promontoire
des signes de sursauts des coups de feutres
des taches de cire et de réveil
d’encens et d’insomnie

Combien de mots raturés jusqu’à toi
combien de poèmes enterrés sous tes pieds
sous lesquels je laboure mes affres
et mes arc-en-ciel
sur toi
cagette retournée

Ne rien faire

Ce qui coûtait 1 franc
ce qui servait à se dire je t’aime
ce qui ornait le coin d’un chevet
ou servait à caler un meuble
cornée par les déménagements
égratignée par les entassements de livre
que tu ne liras peux être plus
aux éclaboussures d’encre et de café
sûrement celui que tu buvais
avant de prendre congé
par ta signature aux couleurs passées
ces lettres de lierre grimpant
cet ours aux pigments délavés
cette ruine qui n’a pas bougée
cette prairie toujours éloignée
existent-ils encore
en dehors de cette carte postale ?
Peu importe la réponse
à cette photo je n’appartiens plus
je triomphe grâce aux saisons
ma demeure est au vivant

Aujourd’hui le paysage est une brouette
aux bruissements qui dévissent tous mes gestes  
en chantier le vent passe gratuitement
je tombe comme une feuille d’automne
sans nulle autre identité que la rigueur des branches
bien des rivières ont coulées sous mes yeux de falaise
à n’en faire qu’océan de mes pieds sans idées
gloire au magnolia qui perd ses fleurs sans perdre sa verdeur
la fenêtre me fait des avances
elle me montre sa rue nue qui ne se réveil plus
quelle pluie!
Je n’y plongerai pas
fixé comme des pieds de tables
le sol me retient

Mélodie de mes nerfs

Mélodie de mes nerfs
sous la pruine
dans la note grégaire
d’une bouteille de gaz
qui a faim de feu
debout

Debout planté en moi
comme un Cèdre qui marche
dans le frimas de l’âge
et la folle verdeur
l’amour mijoté

Je m’enracine dans un amas de papiers volants
qui déballent des humeurs
de revanches et de nuages
non moins que la voracité des mouches
j’écris

Ce Royaume intime
dans l’avènement d’une balayure
dont le crayon et la gomme
signent la noce entre
l’ombre et la lumière
l’un efface ton absence
et l’autre écrit ta présence
omniprésence divine

Mais la lampe rutile
sous les tons criards
des pop-up
des choses à faire
aux mots qui se bousculent
que je trie que je classe
dans un post-it sans lignage

D’une majuscule de Narcisse
les pantoufles s’esclaffent
devant un dieu vitrifié
à la longue barbe blanche
et à l’éclaire de Zeus

Leurs langues tirées
à la perspective des ordures
sous des fenêtres agitées
nostalgiques de mes cent pas

Adonaï
libère moi libère moi
des liaisons paperassières
que de l’abîme
je n’en sois que passagère

Pardon aux parkings payants

Ayez pitié des parcmètres pleins de blasphèmes
que je ne peux jeter dans les flammes

Soyez amour
à celles et ceux qui sans le sou
sont condamné.es à payer toujours !
Soyez lumière
même pour un banquier même pour un président !

Par la passe du Vent
sous un ciel désolé de nos repos trop courts
tremble de bénir les plaisirs éphémères
je posséderai la solitude des statues sinon la tendresse de tes mains

Contre la chair du silence
dans un bain de calme
bien qu’affligée par la lente agitation du P.V
apprends-moi à palpiter
avec l’appétence du pigeon
sur de menus stationnements
où l’ataraxie des poteaux électriques
semblent s’accommoder de tout

trouve-moi une place
près du trottoir des quiétudes
qu’importe l’ombreuse errance
apprends-moi à moudre le silence
dans ma langue de chasseresse
pour que d’épouvantables égouts
aux pieds de mes roues de fortunes
parlent un langage de géranium

Femme Feu

D’abord une flamme frêle et vive dans mon iris noir de ville

atteindre  le rebord de bûche de pin comme trophée où l’humilité est enfin possible

j’aimerai  étreindre à vitam æternam un février couleur vin 

repaître maturité et ce qui a besoin de grandir en mes humeurs

en attendant le prochain bus pour apprendre à m’asseoir dans le confort

je me laisse conduire vers la réussite du bonheur   

je me dépose dans la moelle du dégèle

à mesure que tout le bois s’enflamme j’ai fermé la porte 

et j’ai ouvert celle de mon cœur

les voisins n’ont pas de mur 

juste des fenêtres imaginaires pour rencontrer les zones inconnues de la psyché 

et leur chimères

j’œuvre à mon idéal

déposer mon mental 

chargé de rendez-vous 

et de tralala vital

sonder le secret pour l’accompagner au bûché

où l’esprit des vestales opèrent une transmutation de tout le fardeau 

qui a besoin d’être lâché  

ce dont mes nerfs n’ont plus besoin de peser

l’essentiel d’un sourire nue

la geste d’un oiseau de printemps

le rêve qui nous surprend comme un rite de passage dans le solstice de mon âme

je couche mes échecs je décharge mes valises dans l’incendie de ma solitude 

et ta peau s’étale sur tout les crépitements 

muscles crépusculaires enrôlés comme un caducée  

invasion d’ardeur dans toute l’existence que je voudrais guérir

le sucre du désire que je voudrais pour moi seule

la perle de tes aisselles à ton nombril qui trace le chemin

de l’exploration d’un amour au six directions cardinales 

les murs de violence urbaine s’assoupissent

les yeux dans les angles des rues se liquéfient

les miens choient dans les pages brunis de Paul Préciado

« l’appartement sur Uranus » jaunis de suavité

je dépose ta voix dans l’âtre 

les escarbilles frissonnent de chaire molle

ramollie jusque dans les draps entrouverts 

d’un minuit où le hululement unique est un bouillonnement 

embrasement des voitures qui cinglent au loin

l’embouteillage de mes neurones   

ma to do list brûle de ne rien faire d’autre que de finir cendre

ton SMS se dilue dans les veines de mon feu intérieure 

ton pouls comme une poignée d’allumette

craque de ferveur

j’ai dans ma bouche tout le fanatisme de tes éclats

éclaboussure de tendresse 

révolte de baisers

foudre enlacée

comme un feu de joie tout de monde vêtue

voilà la révolte avérée

Ô Bleu

Je suis allée dans ses yeux iodés 

dans sa bouche dans ses mains bleu 

j’ai aimé sa chaire sa langue cobalt

son sang couleur mer 

ses cheveux vautrés aux pieds des ruines bleuâtres

ses tatouages bleutés de sirènes queer

ses postiches de Polichinelle qui piratent le masque des bleuets

son magma de Saintes Dolorosa 

sa peau arrachée comme des affiches de messes bleu

blâmes de  graffitis gravitants sous la glaive d’Athéna

son christ indigo sous les néons rococos

comme des klaxons de rengaines et de vendettas familiales

Bleu jusque dans sa nuit

bleu dilué dans ses cocktails de cris de transes et de tarentelles

d’enseignes mafieuses aux venelles tarabiscotées

bleu emberlificotées dans l’effluence pétrole des vespa

bleu sacerdoce sur semelles de sacs plastiques bleu

NAPOLI !

Dans ce méli-mélo de crasse et de beau 

fatras visionnaire 

mystère prophétique 

lapis-lazuli arborés dans ses devantures émiettées comme du scaferlati 

qu’on croirait être soi même bleu 

croître en son bleu roi et l’assumer 

jusqu’au sang de la création le consumer

jusqu’au pouls de la vie le humer 

jusque dans la force de ses vulnérabilités 

et de ses failles le transhumer

Re-père

Le fer rouge incandescent du four électrique me réchauffe les yeux, le corps puis l’âme.

Dans le plat en aluminium clinquant, je perçois la patte à pain et les mains de ma mère.

Ces mêmes mains qui réajustent son fichu rose d’où dépasse des mèches de cheveux.

Les bras le long du corps, elle chantonne et me regarde. Elle me dit :

« antia zouina, antia al habiba, al ghazala dieli » « tu es belle, tu es ma chérie, ma gazelle à moi !»

Je sens la patte à pain fondre sur ma langue, cette langue maternel que je ne parle pas ou peu.

J’ai envie de gazouiller colère, de vomir mensonges, ainsi que Vésuve, et de fuir loin la-bas, derrière les platanes, où le mouvement de la vie est encore supportable. Puis, encore loin la-bas derrière, le toit du théâtre de quartier, qui est ma cachette. C’est un trône sur lequel je joue le rôle de celle qu’on ne voit pas. 

La haut, je ne parle pas la langue de Molière ni celle de l’imam, j’arbore la langue que je veux. 

Les feuilles de chênes qui frétillent dans la brise d’automne sont ma langue. 

Le crépuscule par delà la croupe de l’immeuble est ma langue.

La gouttière débordante d’épines de pin est ma langue.

Les caniveaux d’où plus rien ne bougent sont ma langue.

Les bancs emplis de départs et d’arrivées sont ma langue. 

Les portes d’HLM cassées sont ma langue. 

La fumée des voitures brûlées est ma langue. 

Le coup de pistolet qui tonne à minuit est ma langue. 

Les sirènes de voitures de police sont ma langue.

La canne de la grand-mère Portugaise est ma langue. 

Le ballon boueux de la famille Afghane est ma langue. 

Le hachoir du boucher Mohammed encore plein de viande est ma langue. 

Les boules de pétanque qui pètent sont ma langue.

Le roulement de « r » hispanique des joueurs est ma langue. 

Le bichon malté attaché d’une laisse devant la boulangerie du quartier est ma langue.

L’odeur de pastis dans le bar PMU est ma langue.

Je suis proche proche très proche de la langue du bruit.

Bruit de ma chaise qui s’agite dans un grincement furieux, emberlificoté dans mes longues jambes. 

Échasses qui courent, sautent, gesticulent, « ne tiennent plus en place ». 

Ces gigues et ces bras et ce corps et cette fillette « intenable », qui fait parler les psy.

Un brouhaha collégiale qui n’est rien, comparé au grognement du frigo qui sommeille en moi.

On croirait qu’il est affamé ce ronron… fatras de sens… fouillis viscéral…je suis frigo ! Frigorifiée… parfois or parfois horreur, dans les griffes du fauve, ou frit par les fées.

Je fonds, je fou, je feux, je foisonne de frétillements de monstres creux et vides vandalisant ma viande humaine.

Je-veux-manger-moi-aussi-j’ai-faim ! 

De la fin de ces hantises erratiques.

Alors ma faim se discipline.

J’ai décidé d’avoir faim. 

Chaire à l’intérieure de mes os qui font trembler ma mère comme des baguettes de tambour.

 « Couli couli ! Ah benti ! kein ra al rdouma !» « Mange, mange ! Ô ma fille ! En toi il n’y a que les os !».

Un squelette traversé par les vapeurs de la cocote minute prête à exploser d’odeurs de tomates et de safran affranchis… 

D’une tension qui m’enveloppe, qui se fait chaire pantelante, je veux en faire mon métier ! Apprendre à manger.

Mais il faut d’abord manger… de tout son être, de toute sa chaire, de tout son corps… manger leurs mémoires.

L’imposture

Je remplis une feuille d’imposition.

Plus j’écris et plus je vois les lettres tomber comme un mur en crépit sur mes doigts.

A travers l’écran ramolli je vois le contrôleur des finances en habit de cochon. 

A peine ai-je eu tapé mon numéro d’immatriculée que son grognement lézarde la nuit étoilée au dessus de la case «je ne gagne pas d’arggggggggg… ».

Mon stress s’alambique telle une queue de porcà mesure que je remplis les cases «Sexe» «Nationalité», « Age ». Tandis que les cases se mettent à toupiller de psychose jusqu’à se diluer dans la pupille noir pétrole de l’officier, son groin immense me fait face, il est minuit quelle horreur.

«Envois-moi ton attestation de domicile» me somme-t-il sur un ton nasillard. 

Je lui jure que j’ai élu domicile dans la poésie. Mais rien y fait, de ses narines nauséeuses sortent des lettres d’alphabets qui ricanent 

AH

AH 

AH 

Elles désencroûtent les escaliers où dégringole l’acronyme « SDF », il me saute à la figure pareille à une invasion de cafards.

Avant que je ne devienne moi-même cafard, vite vite, je cherche une bombe poétique pour désarmer la novlangue qui donne le cafard, vite vite un livre au hasard… Joyce Mansour… 

Soudainement la couronne du toit s’ouvre, la maison dieu me tutoie d’histoires nocives, les algorithmes s’agglutinent en bataillon sous mes pieds afin de dévisser mes ponts-levis de globe trotteuse.

Des postillons de 1 sortent de la gueule rose du commissaire et traversent le hublot de mes yeux sans frontières, ils fourmillent jusqu’à mes cheveux de Méduse qui s’envolent vers un ciel sans nombre, que la statistique n’arrive plus à attraper. 

Endurci de la couenne il me lance :

« Attendu que votre adresse au 1er janvier 2020 est un accident de l’amour ou un excès de voyage,

votre déclaration des revenus 2019 ne sera prise en charge que si vous produisez 

une répulsion estimable pour la castration auprès de ces organismes ombilicales

 englobant l’érection du 1er janvier 2020.»

Et voilà que le 1 jaillit du clavier, il se couche semblable à un phallus ailé à pois fuchsia, et m’assène : 

«- Où dormais-tu le 1er Janvier 2020 ?

– Entre vos bras. dis-je

– Vous me trompiez avec le 2 janvier n’est-ce pas ? 

– Mais comment en serait-il autrement, on ne peux arrêter le temps au 1er janvier !? 

– Et bien vous serez condamnée aux travaux de Sisyphe, puisque vous ne vouliez pas rester dans la perpétuité civil vous ferez en sorte que chaque jours soit le 1er Janvier 2020.

– Mais comment le puis-je ?

– Fournissez-moi une attestation de domicile !»

Chapitre final

– « Mais Sisyphe est un homme or j’ai coché la case « femme », votre sentence est caduc mon cher

– Alors vous serez condamnez au travaux de Pénélope.

– Ce n’est pas des travaux c’est une ruse pour échapper aux mains des prétendants.

– Impertinente ! »

À l’enfant en soi

tes fragilités sont une rousseur automnale 

où meurt le superflu quand mature ta sagesse

la peur de l’abandon y tiens-tu ? 

Est-ce elle qui te tient ou toi qui la tiens ?

Lâche-la comme l’arbre laisse choir ses feuilles

dans ta saison prochaine sur ta branche éternelle 

tu verras fleurir le lien à l’autre 

vermeil à l’égal des fruits de tes œuvres abyssales

ta vulnérabilité nue tel un ver est une force 

qui creuse les galeries de ton âme pour atteindre la lumière

dans la sombreur sens la plénitude des verdeurs qui te couronnent

Avec la partition des remises en questions

crées une symphonie de guérison

le doute n’est qu’une goutte dans l’océan

l’inconnu n’est qu’un vertige pérégrin

jamais on ne tombe d’une falaise en la regardant d’en bas

jamais on ne se noie dans une goutte d’eau

sinon en étant prisonniers prisonnière de ses imagos

leur issue est dans l’aube qui dépasse toutes nos blessures 

laisse toi guider par le fil de lumière qui mène à toi

l’amour

La récompense de tes efforts papillonne

de ton printemps qui bat des ailes

dans les jours plus lourds que l’angoisse 

saisis-toi du ciel aquarelle

comme d’un argument pour vaincre la laideur civilisationnelle

l’hiver ne craint la solitude 

c’est pourtant dans son ventre que les graines d’espoirs sont semées

fais de même

la rosée manifeste sa pesanteur éphémère sur une fragile pétale 

comme elle pleure sans te cacher

ose mirer tes failles dans la beauté des larmes 

contemple ce sillon mon enfant

il est la verticalité qui chemine de ta cime à tes racines 

le reflet de l’amitié avec soi-même

dans cette larme puisses-tu percevoir le miroir de ta beauté intérieure