Errances

Avant je m’acharnais à être exemplaire, être dans les attendus, être dans les clous, être dans une vie programmée, être dans les normes.
Mais je suis sur un fil. Alors je ne m’acharne plus. La vie défile. J’en suis le fil. Je le déroule. Par exemple, j’en suis souvent les boucles non programmées. Normal, je m’y suspens. C’est parfois drôle et amusant, parfois triste, ça dépend. J’erre.

Souvent, j’erre par les rues, par les œuvres, par les mots. Je dépose des vers sur mon arbre préféré. Le chêne chante sur l’oiseau. Je cherche des tutus parmi les fleurs. Les fleurs roses. Les fleurs blanches. Les pétales généreux. Les couleurs vives sont des fleurs. Je marche, je marche dans le froid. Je mange seule dans le froid. Je marche, je marche seule dans le froid. Les frissons du vent traversent les pores de ma peau. Je te cherche. Seule. Je te cherche sans résultat. Alors je rêve d’une cabane où tout devient possible. Elle tient sur un pilotis, ses volets sont des ailes de papillon et puis sa cheminée touche les nuages. Au loin s’envolent les fous rires. J’erre.

Si tu voyais, sur le fond blanc, l’invisible noirceur des voiles, posée là sur le dos de mes mots. J’erre. Sur mon carnet, tracées à l’encre noire des lettres fantômes, pages de poète noircies de blanc. J’erre. Nul sonnet. Les mirages, le secret des spectres te sautent aux yeux en l’ouvrant. J’erre. Si je pouvais, sur ce fond blanc, je ferais revenir, du bonheur, l’arc-en-ciel et toutes les couleurs que tu aimes. Mais les mots se brisent dans les suaires et sous les coups des maillons de leurs chaînes.


Je ne sais pas recoller l’encre.