Je suis dans un drôle d’état 
je pourrais dire épuisée comme la terre privée d’eau 
le corps se fissure 
la chair écorchée à fleur de peau ne se laisse pas toucher 
le feu à surface de nerfs 
c’est comme un tremblement de corps 
les membres détachés du tronc des racines affrontent le sombre saturé 
le dard de l’immense fatigue envoie un poison 
capte l’énergie d’un mauvais œil 
dans la tête les idées crucifiées lacérées par les éclairs noirs 
le corps mou -la tête tellement pleine qu’elle en est vide 
une fatigue à se mettre en pénitence 
à genoux 
à terre 
cloitrée 
sur les ruines visibles d’une vie en sursis

vient la colère 
mâchoire crispée 
côtes resserrées sans filet d’air 
il y a les mots 
il y a le corps 
les yeux pleurent les paroles impossibles 
la langue déglutit  les mots violents sans tendresse 
pour que vagues de  tempête  ne noient  pas ce qui est trop sec 
le sang  bouillonne aussi rouge que le soleil voilé est  pâle  
les digues craquent 
la colère déverse sa crue de mots 
gueuler fait du bien 
calme les tambours des humeurs 
piétine de rage la boue de la sombritude  

je chercher une oasis 
un retrait du monde
une rencontre avec la fleur de ma solitude
son rose tendre, sa douceur vert amande 
sortir mon âme malade de l’ombre 
me dorer de soleil 
à l’équilibre des jours et des nuits 
marcher à l’amble sur des chemins sans cailloux 
regarder à voir venir ce que biens-faits