Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Mireille Havet

  • J’allais, épaules voûtées, m’appliquant à faire table rase des agapes et bonheurs d’autrefois, des paysages de l’enfance. Repasser, défroisser, doucement lisser la nappe blanche sous ma paume pour faire des miettes un petit tas.
    Je mâchouillais des humeurs malsaines, je griffonnais des mots sans queue ni tête et j’absorbais des peurs à vomir, sans les rendre, des angoisses sans fondement. Naissait et périssait l’espoir, en vain et dans un même élan, quand s’additionnaient les doutes sur les baisers reçus et la duplicité à lire sur les bouches. Bonne élève, je m’appliquais à taire le meilleur et le pire. Tout et n’importe quoi, je le gardais pour moi ordonnant les trois temps d’une valse muette, une chanson triste qui me venait en tête, où seuls les grains de poussière tournoyaient dedans. J’étais petite, j’étais farouche.
    Le monde tremblait sournoisement. Il écrivait l’histoire sans fin du temps qui passe, du temps qui blesse. Il écrivait le livre de l’éternel recommencement. Je suis devenue vielle femme. Les rêves ont noyé les peines, les pages assoiffées d’encre ont bu toute l’eau des larmes, les tempêtes sont apaisées, le ciel d’orage se découvre, les arbres babillent avec le vent et les couleurs sont plus intenses. Les petits bonheurs m’enchantent et me consolent à présent.

  • ______ j’aimerais qu’on
    écrive______ ensemble
    sur ce qui nous arrive

    on a cherché
    un temps
    à être Lou
    t’écrire deux-trois choses
    de ma journée __animait
    un dialogue virtuel
    avec palpitation j’écrivais
    ______________au creux
    ____________ des lèvres
    ma langue défroissant
    l’inconnu de tes plis
    ______ nous frissonnions

    Je pensais
    désirais Lou
    cette______ pou-asse
    ________indissoluble

    qui fit bouillir
    ta fiévreuse fatigue
    nos corps fluides
    __________________cette chose
    du corps qui colle
    à la peau
    visse dans la chair
    sécrétions charnelles

    nous nous entoilions
    de petits fils poisseux
    ta main aimantée
    à mon ventre
    ____________battant
    nous voilà
    sans mots
    désormais

    l’ombre fantomatique
    de nos caresses voile
    nos larmes sèches
    écris moi __________dis moi
    comment tiennent les oiseaux
    blancs sur le fleuve 

    il y a notre Lou
    deviendrons-nous
    duo
    ____________dis oui
    ____ensemble
    il y a ______pourquoi pas 
    Tender is the Night

    la main gauche
    de nos nuits
    recueille à présent
    ta chute________ fluctue
    mes attentes
    nos déplorations

    est-ce là le travail
    ______de l’espoir 
    me déposer ____en toi

    s’envoyer des notes
    de lecture comme
    des cartes postales

    __ _aucune évidence
    nous étions
    nous ne sommes plus
    vraiment

    mon Lou_ _ ma Lou
    tenace_____ persiste
    il y a__encore _ tant

  • J’ai été l’enfant derrière les draps, la tempe tendue à rompre, balle à linge et doudou coton. Plate, écrasée, derrière les pinces à linge, j’ai connu l’eau, goutte à goutte, creux de siphon, lampées.

    Je suis devenue pâle, et puis teintures par couches, un brin pigment, une doublure ouatée – gonflée la toile entre deux épaisseurs. J’ai pris forme sous mes propres doigts, je me suis accouturée.

    Seule, derrière des trames opaques, seule dans la maison du cri perdu, je marchais à pas de louve, cachette et silences.

    Pour que le soleil pointe.

    Me voici déferlante, voix qui porte au-delà des saisons, je suis poudre d’orage, soufflée à vos visages.

    Je ne sais pas déchirer la nuit, je l’avale et la digère, m’en rapièce un manteau, ouvre les pans, laisse passer la lumière.

  • Le ciel laiteux en bord de mer,
    le froid pénétrant jusque sous la peau,
    une étendue de sable sur lequel
    de rares personnes
    emmitouflées
    marchent à contre-courant
    du vent.
    Un chien blanc, fox terrier,
    les précède.
    Ils baissent tous la tête.
    Moi aussi.
    C’était l’hiver juste avant.

    Etincelles de soleil,
    ils sont presque nus,
    le sable se recouvre de ces corps étendus,
    odeur de crème solaire, de beignets gras.
    Un chien blanc cherche
    l’ombre
    inefficace d’un parasol
    coloré,
    sur lequel une marque de boisson
    trop sucrée
    apparaît inscrite
    en lettres penchées.

    Je me lève,
    cours vers l’eau,
    y trempe les pieds,
    nage quelques mouvements
    de brasse,
    marche
    sur le sable encore mouillé, puis sec, puis brûlant.
    Je cherche des yeux le paréo qui est le mien,
    mon corps désorienté par le courant et par la foule
    d’un 14 juillet.

  • J’étais plaine incendiée de soif, djebel enrobé de ciel.
    Je suis tranchée boueuse gorgée de peur, ciel furieux que les hommes déchirent.

    J’étais chasseur le meilleur de ma tribu, berger paisible qui s’en remet aux écritures.
    Je suis corps instrument de guerre, chair qui a mal qui a froid, corps qui ne compte pas.

    J’étais assez.
    Assez fort. Assez jeune. Assez courageux.
    Assez français pour en mourir.
    Je suis trop.
    Trop africain trop arabe trop musulman.
    Trop étrange pour être français.

    J’étais le tirailleur, le combattant, le soldat.
    Je suis le fils du fils, la mémoire fragile, la parole pudique. Qui parle bas, qui parle faible, qui
    parle maladroit. Qui parle quand même. Qui dit je suis le Français africain, le Français arabe,
    le Français musulman. Qui dit ce que j’étais je le resterai, ce que je suis je veux l’être aussi.

  • Tu as été cette enfant avec un trou à la place d’une dent de devant. Tu as pleuré, mais pas longtemps. Tu passais ta langue sur ta gencive, c’était doux, un peu bizarre ce trou. Tu étais fière, grande, ils allaient voir à l’école.


    Tu es devenue cette femme qui encadre de rouge le blanc de ses dents définitives. Tu marques mon col, peins mon cou de tes lèvres, mais ça c’est un secret. Tu souris beaucoup, il faut arrêter. Ça me donne envie de t’embrasser, de devenir à ta bouche moi aussi définitif.

  • J’ai été l’eau tranquille coulant paisiblement comme celle de la fontaine, se perdant sur le sol quand personne n’avait soif. Gouttes sans importance que nul n’osait goûter. Un jour, tu as eu soif et tu t’es arrêté là juste devant moi. Tu as bu
    de mon eau.

    Alors, je suis devenue vague découvrant son rivage, je venais caresser par les jours magnifiques, le grain de ton corps sage ; tu défaisais le mien, voyais mes paysages. Je venais t’embrasser tout au bord de tes yeux. Par les jours de pluie, de gros temps, de tempête, je lêchais toutes tes larmes, mêlais les miennes avec.


    Fou, tu prenais mes baisers comme des milliers d’embruns. Tu t’es même perdu dans mes cheveux épars. Arabesques, étincelles t’entourant tout entier.

    Flux, reflux. Vague et rivage infiniment s’enlacent. Ensemble, nous sommes devenus ce mouvement éternel.

  • j’ai été vierge au mât de colère
    j’ai été mât vert de colère pour les vierges
    j’ai été polisseuse d’angles pourvu que la guerre n’éclate
    j’ai été suivante et plus que bretelles propres à remonter le moral fixe des parents
    j’ai été sourdine à grosses graules
    j’ai été entomologiste de psychés

    je suis devenue louve à plein temps ligne léchant ce qui louvoie semeuse de désirs à récolte précoce
    guerrière désarmante je suis devenue la putain de mon monde pour que rien
    ne m’échappe

  • L’homme qui danse
    Un fou, un roi
    Une âme sensible, celui qu’a les clés du paradis


    Avec des Jambes de sportif
    Et l’âme d’artiste
    Fort avec des pieds doux comme des nuages
    Il Marche sûre, certain qu’un jour changera ce petit monde
    Monde injuste mais incroyable


    Un nouveau monde fait de désir et de luttes
    Un monde où les rêveurs auront toujours les meilleurs places
    Un monde sans frontières où la mer chante


    Un jour nous serons prêts à toutes les folies
    Ce jour finira jamais, sera comme des vacances
    Pleine de neige et soleil
    Où tout sera possible.
    Ça sera le monde qu’on veut.


    Des danses jusqu’à l’aube
    Avec des envies infinies
    Qu’est ce qu’c’est ?
    Un oiseaux un être humain
    Il y a pas de réponse
    On peut tout imaginer
    La pensée c’est la clé de l’avenir


    Ce jour sera beau et bleu
    Il sera comme un rêve
    Un monde de notes musicales
    Un monde avec de belles couleurs à douter de la photographie
    Un monde pas éphémère
    Un monde nature
    Notre petit grand monde
    Où nous serons ce que nous sommes

  • Ce que j’étais pure armure
    100 % renforcée
    contre le harassement
    trajectoire ferme : droite
    devant s’évanouissaient les doutes
    j’étais bulldozer qui aplanit
    les routes plus jamais bosselées
    rectitude dans le regard
    qui aplanit les revers
    de médailles
    jusqu’à la chute
    mailles fendillées du coeur
    devenu chien dressé
    à se relever à la force
    de la laisse queue basse
    traînant arrière-train
    pièce maîtresse rangée
    à son fourreau la truffe
    nettoyant le ciel
    vautré dans sa fourrure
    le poil dans le prolongement
    de l’œil tressé noir
    le jappement d’homme
    sous l’animal