Ce que j’étais pure armure
100 % renforcée
contre le harassement
trajectoire ferme : droite
devant s’évanouissaient les doutes
j’étais bulldozer qui aplanit
les routes plus jamais bosselées
rectitude dans le regard
qui aplanit les revers
de médailles
jusqu’à la chute
mailles fendillées du coeur
devenu chien dressé
à se relever à la force
de la laisse queue basse
traînant arrière-train
pièce maîtresse rangée
à son fourreau la truffe
nettoyant le ciel
vautré dans sa fourrure
le poil dans le prolongement
de l’œil tressé noir
le jappement d’homme
sous l’animal
Tag / Écrire avec Mireille Havet
Viande ou bois
J’étais de la viande. On me l’avait dit, toute en muscle et en nerfs. Résistante. Cette bouée qu’on nomme corps, je surnageais. Je pouvais aller loin. J’étais steaks bien saignants pour courir le 100 mètres. J’étais coeur fortifié et souffle ralenti, la pulsation en décompte de mes résultats sportifs. J’étais oeil vif et sang frais à la veine, juteux, bien rouge. J’étais cette combinaison gagnante, l’efficacité, l’endurance, la foulée longue, élégante. Cuissot de biche. Jusqu’à ce que quelque chose cède, ce point de bascule où le corps ne répond plus. Les paumes moites, les membres tors. Par où passe le corps. Fait grève, titube, tombe. Se sclérose, se bloque, prend ombrage naturel de ce qui jadis était lumière. Je suis désormais ce bois dur, vivant mais inerte. Je suis composée de branches infléchies, raides, gelées dans leur propre sève, dans leur jus d’arbre. Je suis devenue cette écorce qui craque sous le moindre mouvement, qui crépite sous sa main.
Je suis devenue ce tronc qui peine à pousser droit vers la lumière.
Je suis devenue
J’ai été belvédère face au paysage sans jamais me perdre
je suis devenue vertige à quatre pattes sur la roche effritée
j’ai été souffle de suffisance jusqu’au cime sans jamais chuter
je suis devenue rugueuse|lancéolée jusqu’aux racines|tentacules
j’ai été lisière d’arbres centenaires sans oser les embrasser
je suis devenue épaisseur|strate muscinale|feuilles desquamées
j’ai été passante de l’autre rive croyant connaître celle d’où je venais
je suis devenue truite|arc en ciel|fusiforme en zone humide
j’ai été romantique falsifiant la nature de miroir et d’état d’âme
je suis devenue rampante|je mange les orties|je lèche les mues.