Situation

Je ne suis pas un mari débordé par mon sperme et ma religion. Je ne suis pas un homme qui sent fort un parfum inconnu et qui se promène dans les rues noires de Téhéran.
Je ne suis pas un père moustachu qui n’aime pas les robes courtes, ni le thé froid tremblant dans un plateau porté par son enfant cadet.
Je ne me souviens pas de l’humidité des baisers de mon père sur mes joues. Je ne sais plus quand j’ai eu mes règles et mes premières culottes noires ou rouges. Je ne connais pas le nombre de toutes les taches de sang sur tous mes vêtements, ni leurs formes et leur mouvement pour sortir de mon corps.
Je n’ai pas vu le visage de ma mère après sa séparation. Je n’ai pas porté tous les faux dossiers judiciaires contre sa féminité.
Je n’ai pas griffé la chair du mal et ses congénères.
Désormais, je crierai sur tous les toits, les toits frontaliers, les toits profonds, les toits oubliés. Je vais aspirer les moisissures de l’obscurité, les dogmes pestilentiels avec les règles infectées. Je volerai sur les volcans et je les cracherai de toutes mes forces, de
toutes mes veines.
Et à goute comptées, je deviendrai la pulpe d’une rivière qui coule et qui se lave contre les pierres noyantes.

Je n’ai pas un sous.
Ou si peu.
Je respire par l’antant de mes pieds, et je ne ronfle pas.
Ne pas rire, ne pas rire.
Je n’ose pas di.., je refuse de di… Ah ! non je n’ai pas faim.
Je n’aime pas la soupe, je n’aime pas les poireaux la cervelle et le merlan, surtout
lorsqu’il me regarde droit dans le blanc des dents avec ses yeux tous frits, verts pourri.
S’il vous plait ne prenez pas cet air embarrassé, je suis toute décomposée, il ne faut pas que je m’éparpille ce serait la fin.
Non je ne suis pas en colère, juste empêchée, je tourne le dos, ne montre que le derrière de ma tête et mes fesses.
Je ne dois pas faire un pas à l’extérieur de moi, mais plonger à l’intérieur et en sortir de l’autre côté par le dos, peut être par un interstice entre les omoplates.
Enfin il ne faut pas penser à ce qui va sortir et surtout par ou.
Je ne contrôle pas ca encore très bien, et parfois…
Non ca ne fait pas mal.

D’un côté, moi-même,
Rien que moi
Les ombres en reliefs
De l’enfance
Insulaire.
De l’autre,
La vie,
Rien que la vie
Donné à elle-même,
Dans sa réalité
Fragmentée
Et cabossée
En monoton.

Qui nous a donc retournés de la sorte, pour que quoique nous fassions,
tous nos gestes ne soient plus que séparations…

Rainer Maria Rilke

Je ne pourrais, jamais,
De mon enfance,
Concilier le son
Et les couleurs
Je ne pourrais, jamais
Imprégner du fin fond du ciel,
Dans cette immensité, innommable,
De cet existant
Sans cesse renouvelé depuis,
Chorégraphier les absences,
Les silences,
Matérialiser la beauté
(Re)fermer les gouffres d’inquiétudes
Entendre les étoiles
De mes nuits noires.
Ni guide du passé
Ni annales
De ces reliefs
Je ne pourrais, jamais
Consteller
Les ensorcelantes, surgissantes.
Déplacer
L’absence du monde
Théâtre du vide.

Désormais,
À la vie elle-même,
Je ne serai plus
Qu’émotion,
Saut lyrique,
Je volerai
Sans attaches,
Désormais
D’improvisations
Le néant,
Loin des fissures,
Dans l’écriture
Dans la grâce insolite
Dans ce silence présence-audible
Dans ce son
Continu
Libéré
Désormais
De ces accords retrouvés
Je ferai naître
Le non-être,
Je ferai naître
Le rivage
Du ciel,
Je remonterai
Les fleuves,
Et, dans les clairières
Intimes.
Et quelques plis.
Je serai vent.