Je me dis: j’y suis donc je reste
A bord d’un même bateau
Pourvu que j’y reste
Et puis après ?
Je me dis: le même scénario
La zone grise comme la matière
avant la lumière
Et puis après ?
Je me dis: ancêtres inceste
pas touche minouche
le limon la vase
Et puis après ?
Je me dis que j’ai des illusions
ou bien des hallucinations
orbites révulsées
Et puis après
Je me dis: le flot m’emporte
vase ou limon
épouser la lithosphère
Et puis après ?
Je me dis: le silence troué
le ciel qui vacille
au gré du crépitement
Et puis quoi alors
Et puis quoi encore
Quoi d’autre encore ?
Je crie la gorge nouée
Mon plus beau noeud papillon
Dégorger déglutir
narines frémissant
veines inondées
Qu’est-ce quoi encore ?
Je dégorge dans le sens des aiguilles d’une montre
dans l’évier, je suis emportée vers le fond de l’utérus
Je me dis: j’y suis
je renoue les anciens
j’empile les grand-mères sur la branche
Et puis après ?
Tag / Écrire de l’intérieur – Emily Dickinson
Quelqu’un. Quelque part.
Je suis assise sur l’herbe fraîche, les pâquerettes posées de-si de-là, font des petits points jaunes. J’enfonce mes Converse dedans. Serrer contre ma poitrine, ton petit cahier rouge. En face, droit devant, il y a la mer. L’écume, remonte jusqu’à mes yeux. Ça brûle, c’est salé. À travers moi, je veux dire dedans, mes idées s’entremêlent. Ça fait des noeuds épais. À l’intérieur, je veux dire dedans, j’ai mal.
Non, je n’ai pas peur des eaux profondes. Je suis descendue très bas pleins de fois. Je pourrais me laisser glisser, comme ça, tout doux. Je pourrais marcher dans l’eau, dans les vagues. Droit devant. Puis attendre que ça fouette. Puis attendre que l’eau claque contre mes genoux, contre mes cuisses, contre mon ventre, contre mes seins. Je pourrais attendre que l’eau claque contre mon cou et sur ma bouche. Je pourrais attendre que l’eau pénètre ma bouche. Je pourrais. Mais je reste là. Assise sur l’herbe. Ton petit cahier rouge serré contre ma poitrine. Là, assise, face à la mer, je pense à toi. À tes mots.
Et quand je serai vielle et que je serai morte. Je viendrai te le dire. Que j’ai pensé à toi, tous les jours que Dieu laisse devant ma porte. Les mots, sont des traces indélébiles, qui me rapprochent de toi. Et même si les années passent, et même si le train de la côte bleue avance. Dans dix ans, dans vingt ans, dans cent ans, je penserai à toi. Car c’est pour toi que j’écris…
Je me répète -tous les jours-
Le monde est long
Mes bras sont courts.
Je ferme mon cahier,
j’éteins le son.
Et puis, alors ?
Je me répète -toutes les heures-
Le vent est fort
Mon âme est souple.
Je frappe ma tête,
je coupe le son.
Et puis, alors ?
Je me répète -de chaque instant-
Les étoiles ne sont pas des étoiles
Mon corps n’est pas mon corps.
Je vide mon cœur vide,
j’éteins à nouveau le son.
Silence. Silence.
Et puis,
alors ?