Les cheveux blancs — un nuage qui s’oublie
Un carré de soleil — la trace
Des années de teinture imprimées
En petites taches sur
La boîte cranienne
Le cou hégémonique — le balancement des échassiers
La voix sourde qui enfle — une baleine surgit
L’humilité des fanons — les muscles distendus
Par le temps
Les yeux cristallins — un miroir sur le monde
Derrière les vitres épaisses comme une couche de protection
Sur le bleu de la sagesse
Voilé de quelques maladies
Du tissu conjonctif
Les mains tordues en bâtonnets de bois noueux
Les veines saillantes — la sève sous l’écorce
Repliées sur le ventre rebondi — un simple ballon d’hélium
Gonflé au fil des jours (des préoccupations)
La poitrine anémone
Le corps d’algues marines
Transfiguré par les courants
D’air — éprouvé par la vie
Tag / Écrire un poème pour dire un corps
Un corps
Ses beaux cheveux frisés au matin
Comme des popcorns
Explosant dans le micro-onde.
Sa tête, dont le maquillage a coulé pendant la nuit,
Une voie goudronnée en plein chantier.
Elle ronge ses ongles
Comme une hyène affamée.
Elle perdra un jour sa peau
Comme cet arbre mort
Sans écorce ni feuilles.
Ses dents ont joué à la bataille navale.
Beaucoup ont coulé.
Se forment dans sa bouche
Des trous
Comme des balles de revolver
Tirées pour la faire taire.
Cette bouche, un port asséché.
Des lèvres
Comme la langue de sable des Maldives,
Sèches, fines presque inexistantes,
Comme un cordon ombilical coupé trop court.
Son nez, filet de tennis troué
Par les cratères d’une acné ancienne,
Empêche les balles de ses yeux
De voler en éclats
Comme de pauvres comètes
Pulvérisées par un soleil trop bouillant.
Ses oreilles
Comme des capteurs wifi
Envoient tous les signaux des autres à son cerveau,
Ordinateur à la mémoire pleine.
Comme un saucisson
Ficelé dans sa vieillesse,
Elle déborde de partout
Dans des habits
Qui ont perdu l’éclat de la lumière.
Sa peau fripée comme un charpei
Danse dès qu’elle se déplace.
Tombe, se relève dès qu’elle sourit.
Des grosses pommettes saillantes
Comme les roues d’une voiture
Qui fonce à toute vitesse.
Blancs sont tous ses poils
Comme si la pureté et l’innocence
Allaient réapparaître
Son pubis,
Celui d’une petite fille innocente
Comme un fruit épluché,
Comme une figue séchée par les ans.
Son fessier
Comme un oreiller sur lequel on a trop dormi,
Ayant perdu ses plumes,
Plat, trop plat
Comme une feuille de papier à poncer.
Ses yeux
Comme des boutons de fleurs
À moitié prêts à s’ouvrir
Petits, plissés.
Dynamique, tous ses nerfs parlent à sa place,
Tendus comme une arbalète
Dont les flèches font
Un éternel va et vient.
Sa colonne vertébrale
Comme un sentier escarpé,
Caillouteux, déformé,
Relie difficilement son corps.
Ses pieds, des péniches granuleuses
Commençant à prendre l’eau
Car ses ongles ont perdu le rivage de la jeunesse.
Jaunes, longs, comme des bananes pourries.
Elle est comme je l’ai connue
Un jour dans mes souvenirs.
Elle n’est pas encore celle de demain.
Elle n’est plus celle d’hier.
Jusqu’au bout, son corps
Comme un bateau ivre de vie
Naviguera sur le chemin de notre amour.
Mon corps
Poisson sur le quai d’un port,
Trop pêché
Relâché à la mer.
Mon corps
Comme une carte géographique déchirée,
Une boussole qui s’emballe,
Perdu, à la dérive.
Mon corps
Comme une lettre d’amour gardée
Secrètement pendant des ans,
Comme un silence jauni qui s’effrite.
Mon corps
Comme le passeport de ma vie,
Tamponné de partout,
Par qui l’a bien voulu.
Mon vagin
Comme une figue sèche
Fut un jour
Comme un pigeon voyageur
Annonçant une bonne nouvelle.
Mon corps
Comme un Ball trap troué par les autres.
Mon corps
Comme une exposition de peinture surréaliste.
Mon corps