je me suis toujours demandé comment dans un lieu si grand on pouvait danser si fort si près si resserré.es colonnes béton anguleuses grises gris tout est gris sauf la cheminée verte immense perdue au pied du mur gris large et haut la cheminée verte la cheminée peinte verte sur le ciment gris la cheminée peinte verte à la main et l’échelle grise les corps sont cuits de sueur et d’odeurs confondues la scène au centre les membres autour les baffles dans les poitrines et les sexes les pieds sursauts les heures tambours les bits pulses les ventres rouges les bouches voraces ancien parking verrière emplafonnée comme une cage sur des oiseaux furieux sous la nuit sourde sourdre depuis le sol dessous le sol la terre dessous le sol compacte la terre sèche dessous le sol la terre dessous nos têtes les morts avant la nôtre sourdre le tremblement du monde sous les semelles plastiques sourdre les souvenirs depuis le bas des jambes jusqu’à couler des yeux et du dessous des bras jusqu’à ta bave sur ma langue elle était grande en muscles dessinés port de tête et nez altiers tressée depuis le haut du crâne comme on attache des longes à un cheval furieux sans rien en contrôler comme on attache un sourire aux commissures des lèvres pour les tendre jusqu’aux reins et balayer la tenue souple des fesses comme pour m’allonger tout du long m’y emmêler le cœur collée contre ton dos le pubis sur ton cul tu avais l’air d’une bête qu’on ne rattrape pas et qui se lance brune dans l’horizon des steppes l’animal alezan l’amazone indocile et moi je me tenais dans l’âtre sans te toucher juste à peine du regard mon iris sur ta peau sous ton œil sur ta lèvre sur ta joue sous ton pull sur ton eau coulant depuis tes pores je me tenais en espérance de ta bouche dans la mienne de ma prise d’otage comme on arrache la lumière à la lune pour la plaquer au jour pour la plaquer aux seins pour la plaquer aux lacs de montagne ta cime entre mes cuisses et les creux de vénus je me suis déployée j’ai avalé la suie le feu le vert et puis le gris je me suis avancée j’ai traversé les corps j’ai traversé la masse la mer et l’écoulement des cheveux dans une transe en travelling avant pour me pendre à ta langue