une bille sanguine comme une orange elle me gifle de son insolence de sa jeunesse insouciante belle sans effort elle flotte dans un ciel gris perle et pourtant c’est un ciel gris sale gris fumée le gris du Havre elle parvient à le rendre presque beau elle jette ses rayons comme des mikados à la surfaces des eaux elles aussi grises du port ils s’entassent comme sur une toile cirée et vibrent avec le clapot des silhouettes sur une barque s’en approchent mais restent dans l’ombre elles ne pourraient pas rivaliser avec la bille sanguine il n’y de place que pour elles sur cette toile

je pourrais vivre ici sur ce soleil je le voudrais au cœur de ce point orange qui éclipse tout le reste je pourrais un jour y poser ma valise je ne verrais plus Le Havre et son port sale et triste je ne verrais que la chaleur de la bille son interminable liste des possibles que tu me prennes la main j’attends que tu me prennes la main que tu balaies la mèche de cheveux de mon front pour voir mes yeux et que dans un souffle tu me dises viens on y va maintenant n’attendons pas plus longtemps que seuls subsistent les rayons mikados et notre amour sanguine