La sorcière du maquis

Ces mots sont ceux d’un homme amoureux de la fille sauvage, coupable, de n’avoir
rien fait quand on la surprit en train de cueillir des herbes dont elle exploitait les
propriétés et qu’on le lui fit payer.

Le vent soufflait bleu dans ta bouche tordue qui aspirait le paysage et son immensité
qui s’imaginait genévrier de Phénicie ou pin lariciu des sommets

Dans l’or de ton regard, le soleil irradiait de toute l’intelligence des savoir-faire, acquis
au fil des ans, qui te faisaient assembler les racines, les feuilles et les baies

Le feu a crié rouge sous ta plante de pieds qui absorbait l’injure, la douleur et la
haine

La nuit a pleuré gris dans tes bras qui fumaient, blanchie par la terreur, pâlie par
l’inhumanité

Dès le soir tombé, la lune et les étoiles veilleront noir sur tes os que le gypaète
viendra nettoyer pour qu’éclate ta pureté

Que le soleil verse

Cet écrit-là est d’une femme, qui ne sait si elle doit dire « jeune femme »; pour qui dire « femme » est déjà chose ardue. D’une fille qui n’a pas fini d’être fille et qui doit et qui veut être femme, mais dont la vie entre les deux s’est échappée. Sans plus d’ami.e, sans plus de drame, qui maîtrise aujourd’hui le calme et le petit brasier. Et qui, grandissante et nouvelle, se ramène à la vie par des routes méconnues.

mes yeux de flaques de boue dans lesquelles l’enfante n’a pas sauté
et qui pourtant ont débordé la boue de laquelle j’ai enduit mes cheveux qui se sont durcis comme
terre
fendillée
une terre vivante comme la vie qui se fend en deux parce que quelqu’un l’y oblige

la rosée de l’amour humide fonce au noir colère qui fut un jour rouge sang

le mauve des nuages venu des veines
que le soleil
verse
dans leur sang blanc
pour traduire ma peau
toute ma peau
marbrure
sauf
brûlure
mon dos
qui ne refroidit jamais
mon dos fait de fleurs d’orangers
qui parfument
toute sa surface
comme un ciel d’abricots

mes yeux magma dans lesquels on peut plonger
on peut remonter bleu
mes cheveux d’ange déchu qui choisit le soleil
pâle de l’hiver
pour briller sans briller

le jus de grenade se tend
dans un calice fossile éclatant
qui a vu
le sang le vert la vie
revenir