Le poids des feuilles mortes. Le poids des larmes.
Le poids dans la tête. La masse dans le corps.
Pesanteur jamais abolie.
Elle gravite, pas lourde, mais chargée.
Le poids des mots.
Peser ; mesurer ; balancer.
Choisir les bons.
Elle ne fait pas le poids.
Elle s’abandonne à la légèreté.
Elle n’oublie pas.
Le poids du ciel. La densité du soleil.
La chaleur des corps.
Le poids des doigts dans la peau.
Les mains lourdes de caresses.
Le poids des sourires.
Le poids des souvenirs.
Tag / La poésie des griots présentée par un griot
A l’air libre
Automatisme. Inspirer. Expirer. L’air. Il était là avant nous. Il sera encore là quand nous serons morts. Premier acte de toute vie : prendre l’air. L’air nous entoure, nous pénètre, passe partout. Il se faufile dans le moindre insterstice de nos espaces, de nos corps, de nos existences. On en manque parfois. On en change souvent. C’est plus fort que nous. On en veut toujours. Oxygène. L’air nous enchante. L’être aimé et les fleurs y déposent leur parfum. Léger, caressant, doux. L’air. Il se remplit d’été, des odeurs de soleil, des senteurs iodées et des effluves sèches des graminées s’égrénant sous les doigts. Mais, l’air a ses relents. Poubelles, décharges à ciel ouvert, pollutions des usines et des vies abîmées. Odeurs de guerre. Air rempli des émanations de gaz, de cendres et de cadavres des combats. On s’essouffle. On étouffe. On suffoque. On l’abandonne au milieu des désastres que l’on a provoqués. L’air des ruelles, des impasses, des tunnels, des couloirs de métros chargés de miasmes. Transport en commun des microbes, des virus interplanétaires. L’air a ses hivers et ses courants froids, glacés, qui coupent le souffle. Oxygène. Monter, grimper, partir pour aller au grand air, prendre l’air du large ou des plus hauts sommets. Voler. Gonfler des milliards de ballons, les donner aux enfants pour que leurs rêves prennent vie. Enfin, choisir son oiseau, le plus grand, le plus beau ou bien le plus volage. Le suivre des yeux, et avec lui, goûter à l’air libre, respirer jusqu’à notre dernier souffle.
Le bruit
le bruit de la terre qui tourne indéfiniment – le bruit infinitésimal de l’immensité vide – le bruit de la lumière et le bruit de la matière noire – le bruit des trous noirs et le bruit des espaces verts – le bruit des roues sur les routes et le bruit des pieds sur les graviers – le bruit gris du doute et le bruit mat de la certitude – le bruit bleu du hasard et le bruit rouge de l’habitude – le bruit du rire de mon enfant intérieur et le bruit des larmes de ce qu’il m’en reste – le bruit au fond de mes oreilles qui n’est pas une métaphore, juste une tension de mes mâchoires que dans mes bons jours j’ignore, dans mes mauvais je déteste – le bruit d’hier à la fois océan lointain et carillon de porte – le bruit de demain à la fois chemin de pierre et glas d’une fin – le bruit de mes mains qui frottent tous les papiers à ma portée et le bruit de ma bouche qui cherche toujours quelque chose à sucer – le bruit de toi qui revient revient revient la porte de ta voiture qui claque tes pas feutrés dans l’allée tu me rends visite puis me fuit comme un lapin malin mais maladroit qui ne sait pas trop comment m’aimer – le bruit de tes mains dans les plis humides de mon corps – le bruit de mes mains qui se débrouillent toutes seules pour chercher les endorphines – le bruit de mes pensées éclaircies par le bruit de mes doigts qui tapent sur un clavier – le bruit de la pluie comme le bruit du soleil sur mes tentatives d’aller bien – le bruit du vent qui m’a sauvé la vie dans la vallée de la mort – le bruit de la ville qui ronronne comme l’océan – le bruit des voix que je connais trop par coeur – le bruit de vouloir puis pouvoir puis avoir peur – le bruit blanc du monde qui veut tout posséder – le bruit sourd de ceux qui possèdent déjà tout – le bruit du silence qui désormais m’est étranger et non ce n’est pas une image c’est une vérité un fait – le bruit de ce fait – l’intensité du bruit de ce fait – ce bruit auquel je ne veux pas penser – non il ne faut pas penser à ce bruit – il faut penser au silence – ce silence ami – ce faux silence aussi – ce silence habité – l’espace entre les bruits – cette présence dans le silence derrière les choses – ce bruit qui peu à peu diminue – au fond de mon cœur repu – du bruit de la poésie.