Entretien avec un inconnu rencontré au café

Moi : Le langage
Lui : le langage est une forme de mensonge.
Moi : la tristesse
Lui : la tristesse est une forme d’épine.
Moi : les autres
Lui : les autres nous ressemblent
Moi : la nuit
Lui : la nuit est nécessaire
Moi : la chaleur
Lui : la chaleur tient dans un récipient.
Moi : l’amour
Lui : l’amour ne tient pas entre les doigts.
Moi : la musique
Lui : la musique est plus forte que la vie
Moi : la mort
Lui : je suis mort une fois, il n’y avait rien
Moi : la violence
Lui : la violence infecte l’écorce des arbres
Moi : la folie
Lui : je suis fou et consentant
Moi : le feu
Lui : le feu éteint le silence
Moi : l’enfance
Lui : oui
Moi : que fais-tu seul dans ce café
Lui : j’attends le train

La nuit

la nuit
la nuit m’a ouvert les bras
le crachin
le crachin a baigné mon front
l’amour
l’amour m’a portée comme le vent dans le ciel et sous la terre
l’amitié
l’amitié fut exigeante
le silence
le silence fut un refuge et une prison
le travail
le travail m’a détournée de moi-même
la famille
la famille est indicible dans ce poème
la main
la main m’a sauvée en me donnant un but
le temps
le temps s’en est allé
pourquoi les choses telles qu’elles sont ne te suffisent-elles pas ?
je cherche un morceau de moi qui s’est perdu quelque part