Je me suis assis sur la souche moussue d’un arbre jadis centenaire.

Soudain.

J’ai cru voir ma vie s’enfuir sous mes pieds.

Courant d’air boisé. Epines d’épicéa amoncelées. Hannetons affairés à ne pas, à ne plus. Haletants. C’est le printemps. C’est la sève. C’est la vie. Selah Sue chante là-bas dans la vallée. La montagne se penche, se penche, se penche. Se replie sur elle-même. Position de l’œuf. Les neiges éternelles fondent. L’oiseau de proie tournoie, le troupeau de marcheurs ploie. Cri strident. Vol en piqué.

Je fais un quart de tour à gauche, assis sur ma souche. Je vois le chemin parcouru. Un demi-tour à gauche. Le chemin qu’il me reste à parcourir. Je tourne encore. Derviche. Demi-tour par demi-tour. Derrière, un chemin cabossé, des chausse-trappes, des racines ensevelies, du vert, de l’ocre, un parfum fourbu, des souvenirs évaporés. Devant, un chemin escarpé, des chausse-trappes, des racines révélées, du vert, du jaune, du bleu, un parfum murmuré, des pensées renouvelées. Les miennes, les tiennes, les nôtres.

Assis sur la souche moussue de l’arbre jadis centenaire, je suis bien.

Ici.

Je ne bouge pas.