Qui est la cicatrice de toi ?
Je suture ton histoire
L’aiguille répare tes chairs
L’aiguille sait l’histoire de ta blessure.
L’aiguille boit le sang de ton l’histoire.
L’aiguille me pique pour qu’un peu de toi vienne en moi.
L’aiguille raconte l’histoire de tous les cœurs qu’elle recoud
Les cicatrices sont des tableaux.
Les cicatrices sont des œuvres d’art crées à partir de nos démons. Les cicatrices sont des fêlures recousues.
Ce matin gît une cicatrice sur mon oreiller.
Un rêve s’est brisé.
Encore s’est
Qui pousse entre deux pavés ?
Une rose pleine de griffes
Habite dans ta rue
Écorche le diamant au fond de ton cœur
Met ton amour à vif
Quand va t’on divorcer ?
Je parle à mon ombre
Ça fait trop longtemps que nous sommes en couple je lui dis
Je suis tombé amoureux d’une autre ombre je dis
Amoureux de l’ombre d’un ange je dis
Tu me suis depuis trop longtemps à mon ombre je dis
Tu m’imites depuis trop longtemps à mon ombre je dis
Quand je plaisante tu ris à mon ombre je dis
J’en ai assez de ta présence je dis
Tu me répètes trop je répète
J’ouvre le tiroir de mes secrets
Je prends
Je fume mon ombre au 9 mm
Mon ombre plein de trous
S’échappe le pus de mes névroses
Mon ombre tombe raide dans la rue
Se cogne à l’invisible de mon existence
Pourquoi l’essentiel se cache où résonne l’inconnu ?
Mes yeux ne me racontent pas tout
Mes yeux ne voient pas ce qui est caché derrière les orbites
Des choses font mal à penser
Le son d’un talon aiguille qui marche sur mon cœur
Existe-t-il un cimetière pour les spermatozoïdes ?
Leurs prénoms écrits sur des pierres tombales
Quelqu’un grave des épitaphes
« Ici gît l’embryon d’un fantôme »
L’air peut-il voir ce que nous sommes ?
Dans un bar, je bois
Je ne bois jamais un verre sans passer entre les tables
J’inspire l’air expirer.
Savoir à qui j’ai affaire
Combien de bouches vais-je embrasser en portant ce verre à mes lèvres ?
J’embrasse les lèvres de Gene
J’embrasse les lèvres de Fabienne
J’embrasse les lèvres de Bénédicte
J’embrasse les lèvres de Patricia
J’embrasse les lèvres de Julia
J’embrasse les lèvres de Serena
J’embrasse les lèvres d’Helena
Je mémorise un alphabet de lèvres inconnues
Je goûte aux lèvres roses
Je goûte à de vieilles lèvres
Je goûte des lèvres antiques
Je goûte des lèvres muettes
Je goûte des lèvres tremblantes
Je goûte des lèvres lèvre
Je vole le verre avec les lèvres
Je l’enterre au fond de mon jardin derrière dans la tombe
Gisent les histoires d’amour que je n’ai pas eu.
Sais-tu que le vent entre en nous par le nez ?
Le vent entre par la bouche
Le vent entre par les oreilles
Le vent entre par les yeux
Le vent entre par l’anus
Le vent entre par le prépuce
Le vent entre par la peau
Le vent entre par nos cicatrices
Le vent à l’intérieur bouscule tout
Le vent à l’intérieur mélange tout
On ne se retrouve plus
On se cherche longtemps
On ne se trouve pas
Tout est mélangé
Je vais naitre un être nouveau
Libre comme l’air
T’es-tu déjà coupé le doigt avec une feuille ?
A l’automne des feuilles tombent
Les feuilles coupent la tête des gens
Coupent en deux.
On regarde à l’intérieur de leur tête
On regarde qui ils sont
On regarde ce qu’ils pensent
On regarde leurs histoires essayer de s’enfuir.
Avec deux doigts en pince de crabe je touche leurs souvenirs
Je touche leurs idées sombres
Recolle leurs rêves avec de la glue jaune poisseuse
Nettoie leur tristesse avec une éponge neuve
Pourquoi enfoncer dans sa bouche un tuyau d’aspirateur ?
Aspirer tout
Devenir être
Vide
Le jour la nuit se cache-t-elle au fond de mes os ?
Dans ma moelle je sens l’odeur d’une étoile
Une étoile filante un trou noir où se perdent mes illusions
Dans cette flaque d’eau me vois tu ?
Moi, je ne me vois pas
La flaque d’eau refuse de me refléter
La flaque d’eau réfute mon existence
Je ne vis pas dans son regard
Même je ris
Même je pleure
Même je cris
Même je fais semblant de mourir
Peut-on recueillir les larmes du monde entier ?
Je creuse un grand trou quelque part
Je verse toutes les larmes du monde entier
Je me baigne
Je nage
Je plonge jusqu’aux abysses de la tristesse
Je trouve une étincelle
Où est Jeannette ?
Les dents du renard tuent la poule noire
Ce n’est pas la faute des dents
C’est leur nature de tuer les poules
Le chat a tout vu
Il se cache derrière le bidon sale où Brigitte fait la sauce tomate.
Est-ce que les miroirs mentent ?
Je n’ai jamais vu cet homme-là.
Je le regarde.
Il me ressemble mais ce n’est pas moi.
Je reste des heures à le regarder me regarder
On observe nos différences
J’aimerais être toi le miroir me dit.
Je veux te ressembler le miroir me dit
Je suis jaloux de toi mais je ne vais pas te tuer au miroir je dis
Je vais plutôt t’oublier
Je demandé à la neige : Je m’appelle comment ?
La neige ne répond pas
La neige n’a pas de bouche,
La neige n’a pas de cordes vocales
La neige s’échappe d’un nuage chien
Un nuage chien me pisse dessus.
Un nuage chien pisse blanc et laiteux et doux et léger
Un flocon du nuage chien se suicide à minuit pile sur ma main
As-tu déjà envoyé des textos au hasard ?
Je le fais
Tout le temps je le fais
Plusieurs fois par jour je le fais
On me demande toujours qui je suis
Je réponds je ne sais pas encore
Est-ce que ma grand-mère ma manque ?
Me manque sa peau
Me manque sa peau lisse lavande
Me manque sa peau douce sa peau si fine que mes lèvres pouvaient sentir le gout de ses os
Me manque sa peau si transparente que je pouvais voir courir des globules blanches et rouges des globules qui avaient tout vu des globules qui avaient vu des gens mourir des globules qui ne pouvaient rien dire des cellules muettes du sang muet un vieux cœur muet de tant de vies perdues dans l’hippocampe
Un vieux cœur muet d’amours oubliés