Qu’est-ce que la mort
Le cri d’une balle échappée de l’asile
Qu’est-ce que la vie
Le chant de la douleur après avoir tout essayé

La violence
Le sang porté à tes lèvres
Mélodie effacée
Pluie de verbe fragmentée

Moi
C’est un je qui traque son ombre
Libre sillage des doutes
Rythmant mes soupirs
Jusqu’à ce que le silence profane mon sourire

Qu’est-ce qu’un père
Une absence prolongée entre deux sanglots
Un poing qui cherche un bonheur à hanter
L’amour

La dérive des enfants
Sous l’étreinte d’une peur

Il n’y a de saint
Que dans la tombe

Une ancre qui dérive encore

Qui est la cicatrice de toi ?
Je suture ton histoire
L’aiguille répare tes chairs 
L’aiguille sait l’histoire de ta blessure. 
L’aiguille boit le sang de ton l’histoire.
L’aiguille me pique pour qu’un peu de toi vienne en moi. 
L’aiguille raconte l’histoire de tous les cœurs qu’elle recoud 
Les cicatrices sont des tableaux. 
Les cicatrices sont des œuvres d’art crées à partir de nos démons. Les cicatrices sont des fêlures recousues.
Ce matin gît une cicatrice sur mon oreiller. 
Un rêve s’est brisé. 
Encore s’est 

Qui pousse entre deux pavés ?
Une rose pleine de griffes
Habite dans ta rue
Écorche le diamant au fond de ton cœur
Met ton amour à vif

Quand va t’on divorcer ?
Je parle à mon ombre
Ça fait trop longtemps que nous sommes en couple je lui dis
Je suis tombé amoureux d’une autre ombre je dis
Amoureux de l’ombre d’un ange je dis 
Tu me suis depuis trop longtemps à mon ombre je dis
Tu m’imites depuis trop longtemps à mon ombre je dis
Quand je plaisante tu ris à mon ombre je dis
J’en ai assez de ta présence je dis
Tu me répètes trop je répète
J’ouvre le tiroir de mes secrets 
Je prends 
Je fume mon ombre au 9 mm
Mon ombre plein de trous
S’échappe le pus de mes névroses
Mon ombre tombe raide dans la rue 
Se cogne à l’invisible de mon existence

Pourquoi l’essentiel se cache où résonne l’inconnu ? 
Mes yeux ne me racontent pas tout
Mes yeux ne voient pas ce qui est caché derrière les orbites
Des choses font mal à penser
Le son d’un talon aiguille qui marche sur mon cœur  

Existe-t-il un cimetière pour les spermatozoïdes ?
Leurs prénoms écrits sur des pierres tombales 
Quelqu’un grave des épitaphes
« Ici gît l’embryon d’un fantôme »

L’air peut-il voir ce que nous sommes ?
Dans un bar, je bois
Je ne bois jamais un verre sans passer entre les tables 
J’inspire l’air expirer. 
Savoir à qui j’ai affaire

Combien de bouches vais-je embrasser en portant ce verre à mes lèvres ?
J’embrasse les lèvres de Gene
J’embrasse les lèvres de Fabienne
J’embrasse les lèvres de Bénédicte
J’embrasse les lèvres de Patricia
J’embrasse les lèvres de Julia
J’embrasse les lèvres de Serena
J’embrasse les lèvres d’Helena
Je mémorise un alphabet de lèvres inconnues
Je goûte aux lèvres roses
Je goûte à de vieilles lèvres
Je goûte des lèvres antiques
Je goûte des lèvres muettes
Je goûte des lèvres tremblantes
Je goûte des lèvres lèvre
Je vole le verre avec les lèvres 
Je l’enterre au fond de mon jardin derrière dans la tombe 
Gisent les histoires d’amour que je n’ai pas eu.

Sais-tu que le vent entre en nous par le nez ?
Le vent entre par la bouche 
Le vent entre par les oreilles 
Le vent entre par les yeux 
Le vent entre par l’anus 
Le vent entre par le prépuce 
Le vent entre par la peau 
Le vent entre par nos cicatrices 
Le vent à l’intérieur bouscule tout 
Le vent à l’intérieur mélange tout 
On ne se retrouve plus 
On se cherche longtemps 
On ne se trouve pas 
Tout est mélangé
Je vais naitre un être nouveau 
Libre comme l’air


T’es-tu déjà coupé le doigt avec une feuille ?
A l’automne des feuilles tombent 
Les feuilles coupent la tête des gens
Coupent en deux. 
On regarde à l’intérieur de leur tête 
On regarde qui ils sont 
On regarde ce qu’ils pensent 
On regarde leurs histoires essayer de s’enfuir. 
Avec deux doigts en pince de crabe je touche leurs souvenirs 
Je touche leurs idées sombres
Recolle leurs rêves avec de la glue jaune poisseuse
Nettoie leur tristesse avec une éponge neuve

Pourquoi enfoncer dans sa bouche un tuyau d’aspirateur ?
Aspirer tout
Devenir être 
Vide

Le jour la nuit se cache-t-elle au fond de mes os ?
Dans ma moelle je sens l’odeur d’une étoile 
Une étoile filante un trou noir où se perdent mes illusions

Dans cette flaque d’eau me vois tu ?
Moi, je ne me vois pas 
La flaque d’eau refuse de me refléter
La flaque d’eau réfute mon existence 
Je ne vis pas dans son regard
Même je ris 
Même je pleure 
Même je cris 
Même je fais semblant de mourir

Peut-on recueillir les larmes du monde entier ?
Je creuse un grand trou quelque part
Je verse toutes les larmes du monde entier
Je me baigne 
Je nage 
Je plonge jusqu’aux abysses de la tristesse 
Je trouve une étincelle

Où est Jeannette ?
Les dents du renard tuent la poule noire
Ce n’est pas la faute des dents
C’est leur nature de tuer les poules
Le chat a tout vu
Il se cache derrière le bidon sale où Brigitte fait la sauce tomate.

Est-ce que les miroirs mentent ?
Je n’ai jamais vu cet homme-là.
Je le regarde. 
Il me ressemble mais ce n’est pas moi. 
Je reste des heures à le regarder me regarder
On observe nos différences 
J’aimerais être toi le miroir me dit. 
Je veux te ressembler le miroir me dit 
Je suis jaloux de toi mais je ne vais pas te tuer au miroir je dis
Je vais plutôt t’oublier 

Je demandé à la neige : Je m’appelle comment ?
La neige ne répond pas 
La neige n’a pas de bouche, 
La neige n’a pas de cordes vocales 
La neige s’échappe d’un nuage chien 
Un nuage chien me pisse dessus.
Un nuage chien pisse blanc et laiteux et doux et léger
Un flocon du nuage chien se suicide à minuit pile sur ma main 

As-tu déjà envoyé des textos au hasard ?
Je le fais
Tout le temps je le fais
Plusieurs fois par jour je le fais
On me demande toujours qui je suis
Je réponds je ne sais pas encore

Est-ce que ma grand-mère ma manque ?
Me manque sa peau
Me manque sa peau lisse lavande 
Me manque sa peau douce sa peau si fine que mes lèvres pouvaient sentir le gout de ses os 
Me manque sa peau si transparente que je pouvais voir courir des globules blanches et rouges des globules qui avaient tout vu des globules qui avaient vu des gens mourir des globules qui ne pouvaient rien dire des cellules muettes du sang muet un vieux cœur muet de tant de vies perdues dans l’hippocampe
Un vieux cœur muet d’amours oubliés

Quelle est la plus supportable des blessures ?

se promener à la campagne
profiter d’une éclaircie pour aller marcher
marcher sur un chemin entouré de verdure
je regarde devant
mes épaules tombent
mon port de tête est haut
l’air frôle mon visage
frôle mon intérieur
caresse ma trachée et emplit mes poumons

Quelle est la moins pardonnable des trahisons ?

Quelle est la meilleure façon de cuisiner l’œuf ?

quand la musique du monde m’accompagne
quand mes pieds épousent le sol
tout va bien

Quelle est la chose qui donne le plus envie de partir ?

se poser dans un parc

Qu’est-ce qui précède une rencontre inattendue ?

entendre grillons et grenouilles

Comment compter les moutons sans se tromper ?

Qui est le mieux placé pour t’accompagner dans une tâche ?

sentir l’effet des rayons de soleil chaud sur les fleurs humectées de pluie
pas besoin de cigarettes pour sentir l’air dans son système respiratoire

Pourquoi le gruyère a-t-il des trous ?

une évidence.