Revenir à soi

Bien que je m’en défendis en secret au plus profond de mon âme, je ne parvenais jamais à me détacher d’elle. Sur les routes, au fond des vallées, sous la pluie et le vent, dans les pires moments de détresse, c’est elle qui me revenait. Cette maison qui n’est même pas celle de mon enfance, dans laquelle je n’ai même pas grandi. Elle me consolait depuis son bout du monde, lointaine, pleine de promesses, et moi je m’évertuais à la rejeter loin, très loin de moi. Elle n’a jamais été mienne, elle n’a jamais été chez-moi, pourtant c’est dans son ventre chaud que je rêvais de me déposer.

Je suis en ton sein maintenant, je suis arrivée. Et déjà je m’apprête à te quitter à nouveau. Tu n’es pas chez moi car ce sentiment n’existe nulle part ailleurs qu’à l’intérieur de moi-même, pourtant tu es mon refuge. Entre tes murs je suis à l’abri, près de ton cœur qui brûle en flammes crépitantes et dans ton antre je suis protégée. C’est un sentiment de paix profonde mêlé à la chaleur derrière les baies vitrées et au vert des arbres et des prairies qui t’entourent, c’est ta douce lumière du soir et le bal des oiseaux depuis ton balcon. Toi, que je renie constamment comme toute fille aimée et pour cela ingrate, tu ne m’en tiens jamais rigueur et, à chaque fois que le besoin d’être embrassée me coupe les jambes et me ramène à toi, chaque fois tu m’accueilles et tu me berces, comme si tu me remerciais de t’être revenue.