Tremblement de soi

Lorsque enfant, à son réveil, elle se retrouve debout, dans le noir, au milieu de sa chambre, devenue
énigme,


du bout de ses bras tendus, ne rencontre aucune matière comme mur, lit ou cadre de fenêtre,
tous disparus, n’existent plus,


se fige là, sur cet îlot, entouré de rien,

où suis je, terrifiante question
qui s’agrippe à elle avec la menace de basculer dans le vide

d’une possible chute interminable et consciente,
comme un lent glissé d’un corps sur un glacier tombant dans la mer,

si elle ne meurt pas de peur, sa fin sera un enfer,
et si toute tentative de bougé lui est interdite,
seul, un geste peut la sauver ;

Alors elle entendit son cri qui surpassait de loin la voix d’une enfant,un cri à ouvrir une porte d’un coup,
un flot de lumière la toucha et par magie, le monde reprit ses esprits, ses marques et la petite aussi.

De cette apprentissage du vide,
des laissées de ce tremblement de soi comme traces d’âme fugitive,
sont des marques recroisées souvent,
à tous les quatre chemins du cours de sa vie.

Lorsqu’arrive la fin de sa journée, rien ne semble changer autour de la baie vitrée hermétiquement close, et elle n’a pour horizon que la mer de nuages flottant, indéchiffrable, au pied de la tour comme une couette lourdement oubliée sur un lit. Le soleil comme une boule de feu qui explose sur la ville depuis ce matin mais qui reste dissimulé, sauf du haut des étages supérieurs de la skyline en bord de mer. Si elle se levait, allait coller son nez à la vitre enchâssée dans le sol, et regardait en bas, tout en bas, alors elle pourrait apercevoir, dans une trouée cotonneuse, un lampadaire déjà allumé malgré l’heure et qui éclaire de son aura orangée la route grasse d’humidité et de la suie des paquebots restés à quai qui tirent sur leur laisse. Et puis il serait normal qu’elle retourne prendre sa place face au courbes et aux chiffres qui défilent par saccades et se reflètent dans ses lunettes, dissolvant son regard dans un flux numérique et éphémère. Et puis, elle décroise les jambes, recule son fauteuil et referme son ordinateur qu’elle place bien au centre de son bureau. 

Lorsqu’il leur paraît évident, mais tellement improbable, qu’elle va se lever, prendre sa veste, se diriger vers le fond de la salle, en franchir la porte et qu’ensuite il ne lui restera plus qu’à patienter devant l’ascenseur dont le bouton clignote avant de s’y engouffrer, ils tournent la tête, leurs regards balayant la pendule murale, la mer de nuages à l’extérieur à la recherche d’un signe des autres, aux regards aussi vides que le leur. Comme si ils ne pouvaient entendre le ballet des portes qui s’ouvrent et se referment avec la voix pré enregistrée souhaitant la bienvenue aux passagers embarquant à chaque étage. Puis un long silence persiste. Comme si l’activité ne pouvait reprendre qu’une fois qu’elle aurait bien quitté le bâtiment.

Et c’est alors que tous voient passer un corps qui chute et frôle les baies vitrées incassables, comme au ralenti, avant de disparaître dans la mer de nuages.