Le désert d’ici-bas je m’en souviens encore quand j’avais les pieds couverts de glaise de boue et tout autour – solitude – c’était immense et beau les becs criards des engoulevents tournoyant et claquant leurs ailes au dessus de ma tête où le ciel première classe contenait vaillamment un bon paquet d’étoiles à des années-lumière c’était fort dans mes yeux tous ces trucs de la nature grandiose même s’il faisait froid dans la chambre cellule où je dormais les genoux repliés près des épaules le corps recouvert de pelures sous le duvet quechua et une couverture grise qui n’avait de pureté que la laine j’étais seule et gelée dans la nuit rien de chaud seulement ma fente profonde et ces quelques larmes qui coulaient dans le vide alors tous les soirs m’accrochant au bord de l’abîme je caressais mon sexe avec mes doigts glacés et jouissais dans cet immense et beau.
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On survole aujourd’hui des terres brûlantes – on est comme l’ange très haut – le sol est un patchwork de brun, de jaune et d’ocre où les champs sont peignés en sillons réguliers avec des oliviers semés dessus des cercles de pénombre des nœuds de solitude à travers la ciselure des nuages on voit des lacs et des rivières qui ont absorbé tellement de chaleur et tellement de lumière que les berges asséchées et racornies blanchissent comme nos vieilles cicatrices ici on n’entend plus les hommes et on ne les voit plus – je ne vous entends plus et je ne vous vois plus – je me gorge d’images arides d’images ardentes et rouges – je suis comme l’ange très haut – je pense aux visages couverts de poussière aux bouches de la soif aux rides des paupières et le contraste entre la dureté de la terre et le bleu du ciel me donne envie de pleurer.