La tortue et l’orage

Une piste de terre et, sur le bord, là où le maquis reprend toute sa place, la trace d’une coulée, celle d’une tortue d’Hermann. Coulée, terme qui désigne le passage de la tortue, qui se rend où ? à son solarium ?
Et puis l’orage, violent, celui du mois d’août, qui claque, et, en quelques minutes à peine, vomit des trombes d’eau et la coulée de la tortue d’efface. Et la tortue s’accroche.
Et puis la pluie qui se fait drue, dense, et qui s’abat sur la terre, qui brouille la piste, la creuse. Et puis le son des cordes sur la carapace. Ça tambourine, ça tambourine, si fort. Percussions… ça percute si fort. Et puis dedans, dedans, à l’intérieur de la carapace ça doit résonner, si fort.
Et puis, la piste qui se creuse encore, qui se ravine. Et puis les flots, et les coulées, pas celle de la tortue cette fois, mais les coulées de boue qui se répandent qui gagnent en puissance, qui dévalent le paysage, le noie. Et puis la tortue qui dévale le paysage aussi. La tortue qui coule aussi.
Et puis le soleil qui chasse la pluie. Le soleil d’un coup. Aussi abrupt que l’orage ? Non, mais le soleil d’un coup, doux, d’un coup. L’été est comme ça ici, brusque.
Et puis les rivières brunes qui se tarissent, vite… laissant leurs empreintes dans les sillons profonds. Et puis la tortue, peut-être. Peut-être la tortue sous le soleil. Peut-être. La tortue d’Hermann connaît les épisodes de méditerranée.

bone neuye/eco ti*
les yeux fermés
la vigilance s’apaise 
bone neuye/eco ti 
le frère raconte 
la lumière la Lune 
bone neuye/eco ti
dans l’oreille 
résonne le souhait
bone neuye/eco ti
veille sur la nuit
le jour viendra 
bone neuye/eco ti
toute une lignée 
plus grande plus forte 
bone neuye/eco ti 
rien ne peut s’abattre sur nous
bone neuye/eco ti 
jusqu’à demain 
rien ne protège le jour

* bone neuye/eco ti : bonne nuit/toi aussi, patois vosgien