Vous

Tu aurais dû vivre et puis…
Tu aurais dû être et aimer…
Tu aurais dû me sourire, tenir dans mes bras…
Tu aurais dû avoir le droit d’exister…
Et puis non…
Tu aurais pu et puis…

Et puis je t’ai tué.
Et puis je suis morte avec toi !
La vie est cruelle parfois mais est ce une excuse à tout ?

Me pardonneras tu ? M’as tu pardonné ?
Me pardonnerais-je un jour ?

Et puis la vie continue…
Je réapprends à vivre, à aimer, à respirer avec ce vide en moi
Je réapprends à être avec ton vide en moi
Est ce mal ?

Vis tu encore en moi, quelque part…?
Vis tu en elle ?
Cette vie merveilleuse, ce petit être ronronnant, cette boule de poils qui est venue à l’heure où tu aurais dû toi…
Mon félin, ma douceur, toi qui n’est pas “ juste un chat ”, comme ils disent parfois.
Tu es l’enfant qui demandait à naître
Tu es la vie que j’ai cru être obligé de refuser
C’est peut être fou ou peut être pas tant que ça…
Toi tu es là, et j’espère que bientôt tu rencontreras tes  » frères ou sœurs  » de lien à défaut d’être de sang

Grandiose

Grandiose
j’ai inventé ta vie
j’ai imaginé ta venue
j’ai invoqué ta vision

la ténacité du scorpion à l’approche de l’hiver
le jaune cristallisé du miel de printemps
les forêts caduques avant l’automne
la sève de ton sang

Grandiose par les rires et les pleurs, les amours insolubles, les questions lancées à la nuit du ciel
Grandiose par les appels d’air, les champs fleuris à perte de vue, les océans qui nous séparent un jour
Grandiose à l’éclat délicat, à la douceur tenace, à l’improbable fontaine où t’abreuver toujours

Grandiose et sans concession, j’ai conçu
un hymne à ta façon
un rythme au diapason
un isthme et une maison

Grandiose et libre
j’ai façonné ton être
partagé mes cellules
t’ai nourri de mon suc

et toi si petit
qui enfle sous mes côtes
tu ne le sais pas encore
le pressens peut-être
tu m’en voudras un jour
et me remercieras après ma mort

Je sais que tu es née sans père.
Dans la maison blanche, à la fin du village.
Et cette maison est encore là,
posée sur la terre noire.
Je sais que tu as grandi près de la forêt,
sombre parfois. Remplie de sons et de parfums.
Je sais que tu as volé les mots des grands.
Je sais qu’à cinq ans tu te rêvais fille de boyard.
Je sais. Tu as compris la cruauté du monde envers l’enfant bâtard. 
Je sais. Tant de fois tu te rêvais morte allongée dans la neige glacée.
Je sais. La douleur de ta mère est devenue tienne.
Tu es devenue mère.
Je sais. Tu as rempli ton ventre de pluie et de vie.
             Tu as rempli ton ventre de pluie et de vie.
             Tu as rempli ton ventre de pluie et de vie.
Trois arbres ont poussé.
Arrosés d’un amour infini.
Je sais tous les baisers posés sur leurs fonts
sur leurs bouches
sur leurs chevelures
sur leurs mains
sur leurs peaux.
Je sais ton rêve.
Je sais. Ils t’ont quittée 
                               pour la ville
                               pour le bruit
                               pour l’amour.
Je sais que tu as erré sous la pluie le jour, la nuit.

Je sais que tu as vécu orpheline, veuve, à moitié morte.
Je sais. Tes nattes grises te servent de couronne.
Je sais. Tu rêves d’une tombe remplie de feuilles rouges.
Je sais. Tu retournes dans la forêt.
Je sais. Les ombres t’enveloppent
                                    pour toujours.
Je sais.