On m’a souvent dit, et ce depuis ma plus brutale enfance, qu’il valait mieux être sage, douce et docile.

C’est fou comme les adultes sont capables de mentir (comme s’il pouvait en être autrement…), alors que ça aussi ils le disent : mentir, c’est mal.

Heureusement, je n’y ai jamais cru. Pourtant, j’ai toujours été friande de rumeurs, pas pour y croire bêtement, plutôt pour faire mon enquête et me forcer à réfléchir par moi-même.

D’ailleurs, c’est la première fois que je n’ai eu ni à enquêter, ni à réfléchir : instinctivement, être sage, douce et docile n’était pas dans mes cordes (comme s’il pouvait en être autrement…).

La légende raconte que, les soirs de tempête, les habitants affamés d’une île bretonne attiraient les navires égarés. Ils allumaient des feux aux cornes des vaches sur la falaise comme si c’étaient les lueurs d’un phare dans la nuit. Les bateaux venaient fracasser leur coque contre le rivage et les insulaires achevaient les rescapés pour piller leurs vivres. Plus jeune, avec des ami-es, on s’incrustait à des fêtes où les lumières nous happaient. Comme si nous étions devenus nous aussi de petits vaisseaux égarés, hypnotisés, piégés par la promesse d’un salut au loin, d’un ailleurs où tout serait possible, voulant à tout prix nous réchauffer à un feu dans la nuit. Arrivés vivants au coucher du soleil, nous repartions tels des zombies au petit matin. Certains d’entre nous n’en sortirent pas indemnes comme s’il fallait quelques sacrifiés pour que la fête puisse continuer. Beaucoup payèrent au prix fort leurs excès, pour jouir quelques heures de plus, s’accrochant à ces lumières éphémères et à ceux qui les avaient allumées, comme à des bouées de sauvetage, ou à un futur tombeau.