« Je suis tout à vous, Charlotte », la phrase dite P.
L’auteur dit A.
P : Pourquoi je suis faite comme ça ?
A : Comme ça ?
P : Oui, je suis courte, nerveuse, inconséquente.
A : Moi je t’aime, bien.
P : J’ai l’impression que je suis ton excuse, ta dernière cartouche, ton prétexte. Et puis cet abandon à
l’autre, c’est d’une impudeur.
A : Peut-être mais j’ai besoin de toi. Tu existes parce que je rêve, j’espère, j’attends qu’un homme, un seul, celui-là, pas un autre, te prenne dans sa bouche.
P : Et ?
A : Et si ce jour arrive, ma belle, tu vas dégringoler, je vais te détester autant que je t’aime, tu ne
seras même pas une vieille relique, j’ai horreur des souvenirs.
P : Bon. En attendant, tu me fous toujours dans des endroits où j’ai froid, où il n’y a personne.
J’aimerais que tu me glisses sur un sofa, devant un feu de cheminée, j’aimerais que tu me scandes à
tue-tête sur de la musique brésilienne, j’aimerais que tu te frottes nue sur mes lettres, j’aimerais que
tu lèches chaque mot jusqu’à ce que tu comprennes ce que tu me fais dire, malgré moi.
A : Tu vois, tu te prends au jeu. J’ai eu raison de t’inventer, derrière ton petit minois et ta fièvre
romantique, il y a les mains expertes, la fougue contenue de l’amant qui vient de loin, de très loin.
P : Si j’existais, vraiment, je ressemblerais à qui ?
A : A moi. Si j’étais un homme.