Le chausson aux pommes passait de sa main gantée d’un cuir léger à la mienne pleine de feutre, de son manteau d’hiver aux effluves d’ambre à ma joie impatiente. Il tenait ses promesses. Le moelleux sous les doigts sur les lèvres, le sucré autour de la langue, le cœur regonflé à chaque bouchée, la récompense d’un petit corps avide de tout ce qui remplit, une dose d’amour à l’insu de tous.
La main gauche dans celle de ma grand-mère, la droite réservée au chausson.
Derrière
le chahut les cris les moqueries qui fracturent
Devant et bientôt dedans
la chaleur de ma maison du sourire de ma mère qui va rentrer elle aussi ma chambre qui m’attend
depuis le matin
Dedans et dans mon ventre le chausson aux pommes
Dehors ce qui m’arrache au doux au chaud au sucré.