Dans l’allée des pommiers, un banc entre deux arbres,  un peu de fraicheur l’après midi.

Je suis assise, enfant, et je lis un roman plein de poésie. Je suis dans l’univers évoqué et me nourris des sensations suggérées.

Dans mon immobilité je perçois derrière moi, des poules qui caquètent doucement et grattent la terre.

Prés du petit lavoir qui longe la maison, le bruit métallique d’un arrosoir qu’on remplit. Mon oncle jardine dans le potager et rafraichit au passage les parterres de fleurs.

Enfoncée dans le silence de ma lecture, je perçois avec acuité le monde qui m’entoure comme un écrin d’enfance.

Viennent ensuite, provenant de la salle à manger, des voix de femmes qui se racontent et rient ensemble. Ma mère et ma tante, rayonnantes de jeunesse, de beauté, partagent  complices, leurs secrets.

Une douce odeur de garbure qui mijote se répand jusqu’à moi. « Mémé » nous en régalera ce soir avec des œufs tout chauds et de la piperade.

Au loin dans le brulant après midi des champs, s’élève le vrombissement d’une moissonneuse batteuse. Le voisin, un paysan jovial, au bel accent, récolte son blé doré dans la lumière, aidé par quelques ouvriers agiles et vigoureux.

Ce soir, au couchant, lorsque nous irons chercher du lait à la ferme, j’en croquerai des poignées laissées dans la paille, délicieux chewing gum.

Un vent léger remue les pages de mon livre, comme un chuchotement feutré. Il caresse à mes pieds les quelques touffes d’herbe et fait vibrer le feuillage sur le ciel.

Sentiment de plénitude heureuse, d’éternité.

Après une pause, je reviens à ma lecture, aux souvenirs du narrateur.

Je devine que l’écriture seule peut traduire et partager les sensations et la vie intérieure.

Laisser un commentaire