Je suis cette vis rouillée oubliée sur un mur, je suis cette lame trop usée pour servir. Je suis la chaleur qui remonte de l’asphalte, la paresse des après-midis quand le soleil tape. Je suis cette tâche de naissance sur ta nuque. Je suis l’odeur des draps au réveil, l’horloge qui égrène chaque minute. Le temps qui passe par la porte sans toquer, le courant d’air qui fait branler les gonds. La rivière qui sort de son lit, le coup de pied qui défonce la paroi trop lisse des panneaux publicitaires. Je suis cette clameur dans la foule, le visage inconnu. Les yeux qui se plissent, les rides au coin d’un sourire vieux comme le monde. Je suis la mauvaise herbe, je suis l’ivraie, je suis le champ qui s’étend devant toi. Je suis la nuit, je suis l’ivresse, celle de l’alcool et des retrouvailles. Je suis les cendres au fond des verres, les volutes de fumée, les écharpes oubliées sur le siège repliable du métro. Le beurre qui grésille sur la poêle, l’amertume du café. Je suis les lumières qui chavirent, qui battent et qui s’éteignent. Je suis l’obscurité qui étouffe. Le silence à l’intérieur. Je suis la vieille folle qui agresse, les assiettes éclatées contre le mur, la voix qui porte et qui décolle. Je ne suis pas Charlie, ni Manu ni moi-même ni mes couilles. Mais je suis le peuple, je suis la colère qui monte, la révolte avortée.
Je suis la vague qui s’élance et recule. Je suis le rivage qui attend. Je suis l’étendue et le firmament. Je suis l’indéfini. Je suis le vide. Enchantée.
J’adore aussiiiii bravo 🥰😘🥰
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